«La réforme financière se poursuit, sur le versant de la transparence et de la maîtrise des coûts», promet le Saint-Siège à travers son organe de communication, Vatican News, dans un article de fin d’année tirant le bilan 2019 du pape François. Un nouveau ministre de l’Economie doit entrer en fonction ce mois-ci pour la mener à bien. Mais la gestion des conséquences d’un scandale qui a ébranlé le petit Etat l’an dernier, jetant dans l’ombre les projets réformateurs de François, sera la mission première du père jésuite Juan Antonio Guerrero Alves.

Les caisses du Saint-Père ont été victimes ces dernières années de détournements de fonds, de fraudes et de blanchiment d’argent dans une affaire mêlant corruption et abus de pouvoir. Selon l’hebdomadaire L’Espresso, à l’origine de ces révélations l’automne dernier, le Saint-Siège se trouve face à un «scandale ayant peu de précédents dans l’histoire récente» et appelé à «mener à une dramatique crise de système». Ses enquêtes démontrent comment des centaines de millions d’euros, destinés aux œuvres de bienfaisance du Vatican, ont en réalité été gérés et investis dans la plus grande opacité.

Une histoire immobilière

Cet automne, un immeuble de Londres ébranle les finances pontificales. Le bien est vendu au Saint-Siège en 2014 sur la promesse d’un investissement lucratif. Quatre ans plus tard, bien que l’achat ne rende pas, un nouveau dirigeant de la Secrétairerie d’Etat, le bras exécutif du pape, préfère, contre toute attente, acheter toute la construction. Ce prélat, l’archevêque Edgar Peña Parra, réclame les liquidités nécessaires à l’IOR, la Banque du Vatican, pour «raisons institutionnelles». Son directeur général, Gian Franco Mammi, peu convaincu, ouvre une enquête interne, qui se transformera en plainte auprès de la justice vaticane. En juillet, le pontife autorise une enquête pénale.

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Investir le denier de saint Pierre dans l’immobilier n’est pas contraire aux préceptes de l’Eglise, comme le confirme le pape en novembre dernier, à son retour de Tokyo. Pourvu que l’opération soit éthique. «Si tu investis [cette somme] dans une fabrique d’armes, ce n’est plus le denier de saint Pierre», précise-t-il. Ces donations des fidèles se seraient élevées en 2018 à environ 50 millions de dollars, selon la presse transalpine. Dans le cas de Londres, «les choses ne semblent pas propres», poursuit François. Mais il y voit le signe d’une réforme financière qui fonctionne: «La plainte n’est pas arrivée de l’extérieur, mais de l’intérieur du Vatican», se réjouit-il.

Cette affaire démontre surtout que les divers flux financiers du Saint-Siège ne sont pas centralisés. Les caisses des dicastères, les «ministères» du petit Etat, sont «gérées indépendamment, confirme Carlo Marroni, vaticaniste pour le journal économique Il Sole 24 Ore. Chacun fait comme il veut, nommant qui il veut pour gérer» ces divers patrimoines. En 2019, la Secrétairerie d’Etat a par exemple géré des «excédents budgétaires» de 650 millions d’euros dérivant principalement des donations, écrit L’Espresso.

Réformer encore

«Divers dicastères gèrent leurs propres investissements financiers, jouant parfois l’un contre l’autre, complète le cardinal Peter Turkson, l’un des ministres du pontife. [Ce dernier] veut les réunir, nous sommes en train de travailler sur un document.» Cette tentative d’unification suit un premier échec: en 2014, François crée le Secrétariat pour l’économie afin d’harmoniser la gestion financière du Saint-Siège. Mais la nouvelle entité n’englobe pas l’APSA, l’Administration du patrimoine du Siège apostolique, ni l’IOR, l’Institut pour les œuvres de religion, plus communément appelé Banque du Vatican.

L’actuelle réforme financière a débuté il y a bientôt une décennie, lorsque Benoît XVI crée l’AIF. L’Autorité d’information financière est chargée de lutter contre le blanchiment d’argent. Sous la présidence du Suisse René Brülhart, des milliers de comptes sont fermés. Un fonctionnaire de la Banque d’Italie prend sa place l’an dernier. Avec le nouveau ministre de l’Economie, il devra poursuivre la réforme tout en gérant un déficit en 2018 de 70 millions d’euros, le double par rapport à l’année précédente selon les médias italiens, pour un budget s’élevant à environ 300 millions. Loin de les maîtriser, le pape, défenseur d’une «Eglise pauvre pour les pauvres», réclame donc une «réduction des coûts».