Le canton de Vaud n’est pas en train de se désindustrialiser. C’est ce qu’a expliqué la Banque cantonale vaudoise (BCV) dans une étude corédigée par l’Institut Créa et la chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI). Pourtant, le canton de Vaud est le quatrième canton le moins industrialisé de Suisse, derrière Genève, Zurich et Bâle-Ville, selon le rapport présenté mardi à Lausanne.

Le secteur secondaire a en effet perdu 9,4% de ses postes, soit 7000 équivalents plein-temps, entre 1985 et 2013. Une érosion qui a fait passer la proportion des emplois de l’industrie dans l’économie de 31,6 à 20,8%. Particulièrement touché durant la crise économique des années nonante (perte de 20 000 emplois entre 1985 et 1998), le secteur n’a jamais retrouvé son niveau d’avant crise.

Dépendance à l’euro

Le bois, la métallurgie, l’imprimerie ou l’industrie des machines ont ainsi constamment perdu des emplois depuis 30 ans. Cette dernière activité a perdu, en moyenne, 2,4% de ses emplois par an. Elle représente 4,7% des emplois du secteur secondaire, contre 9,1% en 1998. «Il y a une corrélation quasi parfaite entre le cours de l’euro par rapport au franc et le nombre d’emplois dans cette industrie. Cela donne bien la mesure des enjeux de l’abolition du taux plancher», Philippe Gumy, responsable de la communication à la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI).

Pour survivre, l’industrie des machines a dû délocaliser et se concentrer sur des niches à haute valeur ajoutée. À l’exemple du groupe Bobst, leader mondial pour l’emballage industriel, qui a transféré une partie de sa production en Asie du sud-est tout en maintenant un «ancrage vaudois fort», décrit l’étude.

La contraction du secteur secondaire depuis 30 ans masque de profondes divergences entre les branches. L’explosion de la pharma (multiplication par trois des emplois et de la valeur ajoutée par cinq) et de l’industrie alimentaire (le «phénomène Nespresso») ont marqué l’avènement d’une nouvelle industrie. La construction a également pu profiter de la croissance démographique du canton de Vaud. Sa valeur ajoutée, en termes réels, a augmenté de 3,4% par an de 1997 à 2014. Portée par ces branches, l’industrie a rebondi dès les années 2000 avec une augmentation de 20% du nombre de ses emplois depuis 1998, à 68 200.

Contraction agricole

Pour Jean-Pascal Baechler, de l’Observatoire BCV de l’économie vaudoise, les stéréotypes ont la vie dure: «L’image de canton agraire est dépassée. Vaud possède une économie très diversifiée avec des entreprises établies qui sont parvenues à innover et à réinventer une branche traditionnelle comme le café ou les machines.»

Depuis le début du millénaire, l’économie vaudoise a connu une croissance plus élevée que dans le reste de la Suisse et dans la zone euro. Mais c’est également grâce au secteur tertiaire qui, lui, a progressé de 59% créant 96 400 postes supplémentaires par rapport à 1985. Il représente aujourd’hui près de 4 emplois sur 5 dans le canton.

L’étude ne dit pas quelles sont les conséquences de la faible proportion d’emplois industriels dans le canton. En revanche, les autorités vaudoises craignent de nouvelles pertes d’emplois dans le secondaire. Pour preuve, depuis le 1er février, les PME peuvent faire appel à un fonds de 17,5 millions de francs mis en place par le canton afin de «soutenir la création et le maintien d’emplois industriels».