Les 2 millions de francs injectés dans les PME en mars via la plateforme DireQt n’étaient qu’un apéritif. Mardi, le canton de Vaud est passé au plat de résistance en dévoilant un plan d’investissement de 15 millions de francs destiné au secteur de l’hôtellerie, de la restauration, des loisirs, de la viticulture et des transports publics. Le canton n’agit pas seul: il se base sur la plateforme communautaire d’e-commerce QoQa, déjà à l’origine de DireQt, pour injecter cet argent dans le secteur touristique. Un partenariat public-privé destiné à aider un domaine d’activité qui traverse aujourd’hui les pires difficultés.

Parlons chiffres, pour commencer. Le principe de la plateforme WelQome – l’entreprise vaudoise QoQa, basée à Bussigny, adore placer des «Q» partout – est très simple. Le client achète au prix de 80 francs un bon auprès d’un hôtel, d’un café, d’un restaurant ou encore d’un zoo du canton. En réalité, ces bons valent 100 francs. Et les responsables de ces établissements encaissent 110 francs. Les 30 francs de différence sont financés par le canton, à hauteur de 15 millions. C’est un principe semblable à celui de DireQt, qui avait vu Vaudoise Assurances et Groupe Mutuel verser deux millions à 5200 PME de toute la Suisse, via des bons achetés par 34 000 clients.

«Agir très vite»

Selon Andreane Jordan Meier, cheffe du Service de la promotion de l’économie et de l’innovation du canton, il y a urgence à agir: «Certes, l’économie reprend, mais certains secteurs souffrent encore énormément, comme l’hôtellerie de ville: pour ces établissements, fortement dépendants d’une clientèle d’affaires, les perspectives sont encore très sombres. Cette situation extrêmement précaire va durer, il y aura des faillites et des pertes d’emplois. Les pouvoirs publics doivent donc agir, et très vite», affirme celle qui a conduit le projet au nom de l’Etat.

C’est ainsi Andreane Jordan Meier qui a contacté QoQa. «Quand elle est venue me voir il y a un mois, je pensais que le projet allait mettre au moins six mois avant de se concrétiser, sourit Pascal Meyer, directeur de la société. Hé non, l’administration publique m’a bluffé avec sa rapidité. Et bien sûr, le canton s’appuie sur notre expérience et nos ressources. Nous sommes d’ailleurs fiers d’aider à mettre sur pied ce plan de relance économique.» Combien de temps faudra-t-il pour vendre tous les bons? «Les pronostics sont toujours difficiles, poursuit le directeur de QoQa, mais nous estimons qu’en trois mois, les 15 millions mis à disposition du canton pour WelQome seront épuisés.»

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Inventivité souhaitée

Concrètement, mardi s’ouvrent les inscriptions pour les hôteliers et restaurateurs. Et dès mercredi midi, tout un chacun pourra acheter des bons en ligne sur WelQome.ch. «Nous aimerions beaucoup que les acteurs du tourisme qui proposent des offres se montrent inventifs, qu’ils offrent un petit plus à leurs clients, comme une bouteille ou un partenariat croisé avec d’autres établissements», avance Pascal Meyer.

Mais pourquoi avoir ciblé un secteur d’activité en particulier? «L’hôtellerie et la restauration représentent 7% du PIB vaudois, c’est un domaine qui souffre énormément, répond Nuria Gorrite, cheffe du Département des infrastructures. Les aides décidées par la Confédération ont été importantes, mais insuffisantes, tant la crise est aiguë. Ces 15 millions, c’est un petit plan de relance à l’échelle du canton.»

Et pour WelQome, le spectre des entreprises aidées peut s’élargir. «Si un artiste ou un établissement de loisirs nous présente un concept intéressant, il pourra profiter de ce programme, complète Andreane Jordan Meier. Nous allons aussi vendre 30 000 cartes journalières vendues une vingtaine de francs pour aider les entreprises de transports publics.» Des lieux de culture peuvent aussi participer à WelQome, pour autant que des créations originales soient proposées: des pièces de théâtre, par exemple, mais pas la projection d’une superproduction dans un cinéma.

Accélérer la numérisation

Avec WelQome, le canton de Vaud fait ainsi le pari de la stimulation de la consommation. «Nous essayons d’être agiles et de cibler au mieux, poursuit Andreane Jordan Meier. De nombreux autres cantons ont lancé de belles campagnes de communication pour attirer les touristes suisses cet été. Nous avons une stratégie différente qui vise aussi à responsabiliser hôteliers et restaurateurs en leur fournissant un outil pour qu’ils valorisent leurs offres.»

En sous-main, QoQa, qui compte 120 employés, veut aussi aider ces entreprises à accélérer leur numérisation. «De nombreux établissements n’ont encore aucune présence sur internet, constate Pascal Meyer. Nous allons les aider à accélérer leur numérisation en leur faisant bénéficier de notre expérience.» QoQa, qui compte au total environ 700 000 membres dans sa communauté, va aussi bénéficier de cette opération. «Bien sûr, WelQome va accroître notre notoriété, reconnaît Pascal Meyer. Nous pourrions d’ailleurs étendre ce programme ensuite à d’autres cantons. Mais notre motivation première, c’est d’apporter nos compétences pour aider un maximum de personnes à surmonter cette crise.»

Informations: www.welqome.ch


Critiques de l'Association Romande des Hôteliers 

Mardi, l'Association Romande des Hôteliers (ARH) se montrait critique par rapport à cette initiative. Dans un communiqué, elle saluait «la volonté manifestée par le gouvernement vaudois de venir en aide à la branche hôtelière. Par contre, elle ne comprend pas le choix retenu pour y parvenir. Le partenariat avec QoQa ne permettra pas de soutenir efficacement l’hôtellerie vaudoise.» L'ARH estime que «nous pouvons stimuler l’offre tant que nous le voulons, elle ne rencontrera pas la demande qui est inexistante.»

L'association rappelle qu'«il y a de nombreuses semaines, l’ARH a fait une proposition concrète d’aide à l’amortissement des prêts Covid garantis par la Confédération. Sans aucune concertation avec la branche, le gouvernement sort de son chapeau un projet QoQa qui sert probablement les intérêts de cette dernière, mais pas de l’hôtellerie.» «Seules des aides directes seront à même d’éviter les licenciements massifs et les faillites», affirme l'association. (A.S.)