Alors que la plupart des start-up suisses traversent l’Atlantique pour faire leur entrée en bourse (IPO), Astrocast a mis le cap sur la Norvège. La société vaudoise a annoncé mercredi avoir levé 40 millions de francs à la bourse d’Oslo, un site qui fait partie du portefeuille de l’opérateur Euronext. Parmi ses nouveaux investisseurs figure notamment Palantir. Bien connue dans les milieux technologiques, cette société californienne est active dans l’analyse de données et la surveillance.

Pas en concurrence avec Elon Musk

En augmentant sa capacité financière, Astrocast veut accélérer son rythme de croissance, elle qui ambitionne de se faire une place au soleil dans le marché en pleine expansion de l’Internet des objets (IoT pour Internet of Things). Selon des estimations récentes de la société Fortune Business Insights, ce secteur d’activité pourrait atteindre une valeur de près de 1500 milliards de dollars en 2027. En permettant à des milliards de dispositifs électroniques de communiquer entre eux pour se transmettre des informations, l’IoT couvre un large spectre allant de l’agriculture dite intelligente à l’industrie, en passant par la mobilité autonome.

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Des secteurs auxquels Astrocast, fondée en 2014 dans la région lausannoise, entend bien proposer ses services. Avec sa constellation de minisatellites actuellement en déploiement, l’entreprise vise aussi des acteurs du transport de marchandises ou l’extraction d’hydrocarbures. Grâce à un petit module électronique de la taille d’une boîte d’allumettes, une société active dans la chaîne logistique pourrait par exemple localiser en permanence ses conteneurs via les satellites d’Astrocast.

Si par temps clair, une bonne acuité visuelle permet d’apercevoir les convois satellitaires de Starlink, la société fondée par Elon Musk, il n’en va pas de même des dix poids plumes qu’Astrocast a déjà mis en orbite. Pesant 5 kilos et coûtant 500 000 francs à la production, ces satellites n’évoluent clairement pas dans la même ligue. Alors que le milliardaire américain cible des grosses entreprises, par exemple Netflix, et des particuliers en leur offrant une coûteuse connexion à haut débit, l’opérateur suisse s’intéresse à des marchés de niche, en proposant par exemple du réseau dans des régions reculées.

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Actuellement, seuls 10% de la surface terrestre est couverte par le réseau cellulaire. Cofondateur et directeur d’Astrocast, Fabien Jordan indique dans le communiqué de presse publié mercredi qu’il entend avoir déployé 100 satellites d’ici à fin 2024.

+166% depuis l’ouverture

Fondé en 2014, le spin-off de l’EPFL qui emploie près de 70 personnes à Chavannes-près-Renens s’est développé au pas de charge, établissant notamment des partenariats avec Airbus et l’Agence spatiale européenne. Elle espère atteindre le seuil de rentabilité en 2024. L’an dernier, elle a enregistré une perte opérationnelle de près de 4,5 millions de francs, soit 4 millions de plus qu’en 2019.

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Une évolution logique, la société vaudoise investissant massivement pour tenir son agenda. Jugé à haut risque, son projet entrepreneurial a séduit les investisseurs mercredi. En fin de séance, son titre s’échangeait pour 85 couronnes norvégiennes (8,80 francs), en hausse de 166% par rapport à l’ouverture.

Après Sophia Genetics en juillet à Wall Street, Astrocast est la deuxième start-up romande a se risquer en bourse cette année. Lundi, le fabricant de chaussures zurichois On Shoes a, de son côté, confirmé son intention de réaliser son IPO à New York, rappelant le désintérêt des jeunes entreprises novatrices pour la bourse suisse.

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Pour contrer cet exode, celle-ci a annoncé en juillet le lancement d’un site spécifique pour les PME et les start-up. Elle est en attente des autorisations des autorités financières compétentes. Pour accroître sa visibilité auprès de ce type d’entreprises, elle a également conclu un partenariat avec l’organisation Venturelab qui soutient le lancement de jeunes entreprises technologiques.