En reprenant annoncée cette semaine son concurrent allemand Paymill, la société vaudoise Cyberservices triple le nombre de ses clients et multiplie par six le volume de transactions qu’elle traite sous sa marque Klik&Pay, à plus de 300 millions de francs par an. Basé à Saint-Sulpice (VD), le spécialiste des paiements en ligne cible les petits et moyens acteurs du commerce en ligne pour se faire une place aux côtés des géants PayPal ou Adyen, sur un marché global en croissance de 15% à 25% par an, selon Cyberservices. L’opération annoncée jeudi devrait être suivie d’autres acquisitions, avec l’objectif affiché de tripler le volume d’activité. Cyberservices ne donne pas d’indication concernant son chiffre d’affaires et sa rentabilité.

«Spécialisé comme nous dans les PME qui font du commerce en ligne, Paymill nous apporte une implantation forte dans les pays germanophones et bénéficiera de notre licence européenne pour accélérer sa croissance», expliquent Daniel et Marie Hélène Georges, les coprésidents de Cyberservices, qu’ils ont fondé en 2000 à Saint-Sulpice. Le couple se décrit comme des professionnels de tout ce qui se passe une fois qu’un client appuie sur le bouton «Acheter» d’un site de commerce en ligne.

Klik&Pay encaisse le montant des transactions dans une quinzaine de devises, déclenche automatiquement la livraison et rémunère les émetteurs de cartes de crédit ou d’autres solutions de paiement. Détentrice d’une licence d’intermédiaire financier et surveillée par un organisme d’autorégulation, l’entreprise envoie ensuite le montant de la transaction au commerçant en ligne, moins une commission allant de 1,45% à 5,5% des montants.

Les deux marques conservées

L’acquisition de Paymill résulte aussi de la stratégie de Cyberservices d’obtenir les licences instaurées par les premières réglementations du secteur, dans les années 2009 – 2010. Autorisée en Suisse, en Europe et aux Etats-Unis, l’entreprise peut se passer d’intermédiaires partout dans le monde.

Ce n’était pas le cas de Paymill, qui gère un volume annuel de transactions de 271 millions de francs. L’entreprise munichoise n’a pas pu générer une expansion suffisante après avoir levé 18 millions d’euros depuis sa création en 2012. Placée en insolvabilité temporaire, elle s’est vendue à Cyberservices pour un montant confidentiel. Des économies sont à l’ordre du jour, dans les locaux et le personnel. Cyberservices a repris 22 des 60 employés de Paymill, qui s’ajouteront à ses 23 collaborateurs. Les deux marques et tous les produits seront conservés.

Pas inquiet à cause d’Apple Pay

«Pour se différencier sur ce marché mature et très concurrentiel, la qualité du service compte beaucoup», observe Jean-François Groff, directeu du spécialiste du paiement mobile Mobino, à Genève. La détection des risques et la qualité du filtrage sont très importantes, selon cet expert du paiement électronique en Suisse. Klik&Pay forme ainsi ses clients à la lutte contre la fraude et joue un rôle d’intermédiation en cas de litige entre un marchand et un client final. Des services très appréciés par les petits acteurs du commerce en ligne, assurent Daniel et Marie Hélène Georges. L’arrivée d’Apple Pay en Suisse, jeudi, ne les inquiète pas, puisque la solution de la marque à la pomme cible d’abord les magasins physiques.

L’entreprise de Saint-Sulpice mène des discussions avec d’autres cibles, afin de «constituer un groupe gérant pour un milliard d’euros de transactions d’ici deux à trois ans», précise Daniel Georges, qui cherche pour cela à lever entre 5 et 10 millions de francs, idéalement auprès de family offices.