Les imprimantes 3D sont-elles des arlésiennes? Cela fait longtemps que constructeurs et médias enthousiastes prophétisent leur déferlement dans les chaumières. Force est pourtant de constater que les années passent et que personne ne s’équipe de ces appareils qui devaient révolutionner notre quotidien. La preuve, il a suffi d’en installer une dans la newsroom du Temps pour constater que la plupart des curieux n’en avaient jamais vu. «Euh… ça doit être une machine à café», a même hasardé l’un d’entre eux devant un parterre de visiteurs médusés.

Si les imprimantes 3D connaissent un retard à l’allumage, c’est principalement en raison de leur modeste qualité d’impression et de leur prix dissuasif. Bien que le ticket d’entrée baisse chaque année, il faut encore souvent compter plusieurs centaines de francs pour des modèles domestiques fiables. Fort de ce constat, le constructeur taïwanais XYZprinting a récemment mis sur le marché la Da Vinci Mini Maker, vendue 299 francs et que nous a prêtée Digitec.ch. Nous avons donc voulu vérifier si cet appareil d’entrée de gamme avait un intérêt pour quiconque désirant franchir le pas sans se ruiner.

A l’aise sur des objets simples

Avec son design enfantin, qui n’est pas sans rappeler les jouets Playskool, la Mini Maker imprime des objets de 15 centimètres de côté maximum. La technologie retenue par le fabricant consiste à empiler des couches de plastique en fusion, mesurant en l’occurrence 0,1 millimètre au minimum. Cette technique, nommée FDM, que l’on rencontre dans bon nombre de modèles grand public, conditionne directement la qualité d’impression. Elle est satisfaisante sur des pièces compactes, qui se prêtent bien à la superposition de couches. Mais elle s’écroule dès que la géométrie des objets devient trop complexe. Un exemple pour illustrer ce fait: un personnage donnera un bien meilleur rendu s’il a les bras le long du corps plutôt qu’écartés, simplement parce que dans ce cas, l’empilement de plastique sur de petites surfaces sans assise (les bras) se révèle impossible. On se retrouve alors avec un enchevêtrement de filaments qui relèvent plus du plat de spaghettis que de l’objet espéré.

Enfants obligent, XYZprinting a pris quelques précautions. Le plastique utilisé est en PLA, ou acide polylactique, biodégradable et issu de matériaux recyclés, garanti – tout comme le reste de l’imprimante – sans phtalates ni métaux lourds, agents toxiques récurrents dans les plastiques. Délicate attention, qui interroge toutefois sur la toxicité des modèles pour adultes… Les bobines de recharge sont vendues une trentaine de francs.

Un logiciel correct, mais lent

La Mini Maker a beau être conçue pour les enfants, c’est bien un adulte armé de patience qui devra se charger de son assemblage. Non pas que celui-ci soit particulièrement épineux, mais plutôt parce que les explications fournies dans la notice sont sommaires, confuses et illustrées par des photos de piètre qualité en noir et blanc. En revanche, le logiciel fourni, XYZWare, est relativement clair. Il accepte sans problème les plans d’objets en 3D au format. stl, très courants sur le Web, ainsi que d’autres moins répandus. Les fichiers. skp issus de SketchUp, la populaire application de design 3D de Google, ne sont quant à eux pas reconnus. Pour les importer dans le logiciel, il faudra d’abord les convertir dans un format compatible à l’aide d’un logiciel idoine, non fourni.

A l’usage, XYZWare s’est montré plutôt stable et intuitif. Seul inconvénient, sa lenteur. Décoder les plans, les dessiner à l’écran, puis envoyer le tout à l’imprimante… tout cela prend parfois plusieurs minutes, en fonction de la taille de l’objet. Pire, le moindre changement (orientation, échelle, etc.) oblige à recommencer toutes les opérations. La moindre petite pièce de quelques centimètres de haut demande au minimum une bonne vingtaine de minutes d’impression.

Bien qu’elle ne soit pas exempte de défauts, la Mini Maker affiche un bilan honorable, tant ses inconvénients nous semblent relever de la technologie d’impression et non d’un problème intrinsèque. Imprimer des jouets sommaires, des coques de smartphone ou encore des pièces détachées introuvables autrement (nous avons pu produire un cache-vis d’essuie-glace de MG de 1999): tout cela est bel et bien possible pour 299 francs, et les résultats n’ont finalement pas grand-chose à envier à ceux des modèles plus chers.

Un conseil pour ceux qui sont prêts à se lancer: bien s’armer de patience. Car avant de dompter cette imprimante 3D, il faudra accepter de consacrer beaucoup de temps à trouver de bons modèles, de bons réglages, et s’attendre à imprimer de nombreuses horreurs venant d’une autre dimension avant d’en tirer pleine satisfaction.


L’hippopotame, le retour

En 2014, nous avions essayé d’imprimer un hippopotame avec perte et fracas. En lieu et place d’un pachyderme, c’est une créature de cauchemar digne des plus grands romans de H. P. Lovecraft qui avait vu le jour.

Trois ans plus tard, nous avons voulu donner une seconde chance à ce projet insensé. Voici le résultat, qui reste quelque peu décevant. Certes, faire de nombreux essais avec plusieurs modèles 3D permettrait certainement d’arriver à un hippopotame digne de ce nom. Cet exemple illustre en tout cas la patience dont il faut s’armer pour se lancer dans l’impression 3D.