Les «licornes» de la technologiene visent plus la bourse à tout prix

Finance Les sociétés valant un milliardde dollars sont moins attirées par le Nasdaq

Si Snapchat se prépare, Uber, Xiaomi ou Airbnb demeurent privées

Elles sont exactement 117. Elles, ce sont les «licornes», ainsi que les nomment les experts de la Silicon Valley. Le club des sociétés non cotées, valant plus d’un milliard de dollars, principalement actives dans la technologie, ne cesse de grandir. La société de recherche CB Insights, dont le recensement des licornes fait référence, écrivait récemment que «les choses deviennent folles et absurdes dans les marchés privés». Au point de créer, en ligne, un indicateur en temps réel des licornes.

Le terme avait été utilisé pour la première fois en 2013 par Aileen Lee, fondatrice d’une société d’investissement: les sociétés valant un milliard ou plus étant alors très rares. Désormais se trouvent de grands noms dans la liste: Uber (transport, 41 milliards de dollars), Airbnb (logement, 25,5 milliards), Snapchat (réseau social, 16 milliards) ou encore Pinterest (réseau social, 11 milliards). Des firmes américaines, mais un classement dominé par un groupe chinois, le fabricant de smartphones Xiaomi (46 milliards).

Il y a de plus en plus de licornes. Entre le 1er janvier et mi-avril, 14 nouvelles sont apparues. Un mois plus tard, 15 autres les avaient rejointes, selon les calculs de CB Insights. Certaines de ces sociétés quittent le domaine privé pour entrer en bourse. Ainsi, Fitbit réussissait ses débuts au Nasdaq mi-juin avec une hausse de son cours de 50% le premier jour de cotation. Le fabricant de bracelets connectés revendiquait du coup une valorisation de 4,1 milliards de dollars.

Mais Fitbit est une exception. Car qui dit hausse du nombre des licornes ne dit pas ruée vers le Nasdaq. Sur les six premiers mois de 2014, 26 entrées en bourses de sociétés high-tech avaient été effectuées, pour 4,2 milliards de dollars levés. En 2015? Huit nouvelles cotations, 1,6 milliard récolté. Les fonds d’investissement ne se pressent plus pour vendre leurs parts dans les sociétés qu’ils financent. «Le marché des entrées en bourse tech est mort, nous sommes au niveau des années 1980», écrivait fin juin la société d’investissement Andreessen Horowitz dans une présentation. La firme notait que «beaucoup d’entreprises qui seraient, dans le passé, entrées en bourse, continuent de réaliser des tours de table auprès d’investisseurs». Selon Andreessen Horowitz, ces derniers veulent conserver plus longtemps leurs parts pour profiter au maximum des bénéfices que génèrent certaines start-up. Les investisseurs sont d’autant moins enclins à vendre leurs parts que sans cesse de nouveaux acteurs injectent de l’argent pour faire augmenter la valeur de leurs parts.

Sur les six premiers mois de l’année, 20 milliards de dollars ont ainsi été injectés dans ces sociétés, selon Andreessen Horowitz. Et le profil des financiers change. «Les entreprises attirent de l’argent d’acteurs qui investissent normalement surtout en bourse, telles des hedge funds, des fonds de placement et des banques. Du coup, le besoin des sociétés d’être cotées a sensiblement diminué», estimait récemment Ernst & Young dans un rapport. Uber n’a ainsi jamais évoqué le Nasdaq.

Pour les start-up qui veulent faire le saut en bourse, il faudra faire vite. Récemment, un analyste de Renaissance Capital indiquait que la fenêtre des cotations était en train de se refermer. La hausse des taux annoncée par la Fed aura en effet un impact négatif sur les marchés.

Rester en mains privées a des avantages, estime Ernst & Young: les sociétés peuvent développer leurs affaires sereinement avant de faire face aux marchés en étant devenues solides et rentables. Fitbit est l’exemple parfait: 132 millions de dollars de bénéfice en 2014, une action en hausse de 42% depuis le 19 juin. Idem pour le fabricant de caméras GoPro, rentable et dont l’action a progressé de 45% depuis juin 2014. Mais il y a aussi des ratés. Box, qui propose du stockage en ligne, et dont la perte équivaut au chiffre d’affaires, a perdu 20% de sa valeur en bourse depuis janvier. Le spécialiste des crédits Lending Club, aussi déficitaire, s’est effondré en bourse de 40% depuis décembre 2014.

Prudence, donc. «Il faut faire très attention à ne pas considérer comme disruptives des sociétés qui ne transforment pas une industrie. Et les valoriser comme telles», avertissait récemment Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn et l’un des premiers investisseurs dans Facebook.

Les prochaines sociétés qui seront cotées au Nasdaq ont des profils très différents. Snapchat, candidat déclaré depuis fin mai, revendique 100 millions d’utilisateurs et deux milliards de vidéos visionnées par jour. Il y a aussi The Match, filiale de la société InterActiveCorp, qui devrait suivre au quatrième trimestre. La société détient les services de rencontre Tinder, Meetic et Match. Tinder compte 50 millions d’utilisateurs et a lancé une version payante en mars.

La fenêtre de la bourse se refermera à cause de la hausse des taux annoncée par la Fed