Le Temps: L’élargissement du mandat de la BCE à la supervision bancaire vous incite-t-il à demander, vous aussi, davantage de pouvoirs de surveillance?

Thomas Jordan: Avec sa banque centrale indépendante et son autorité de surveillance, la Finma, le système suisse fonctionne bien et depuis longtemps. Nous sommes d’avis qu’il faut conserver cet équilibre.

– La BNS dispose tout de même, depuis peu, d’un nouvel outil de régulation, le volant anticyclique de fonds propres, qui permet d’exiger des banques plus ou moins de fonds propres, selon la situation sur le marché immobilier…

– Oui, le monde évolue, les tâches des banques centrales également. Avec la crise, il est devenu évident, en Suisse et ailleurs, qu’une politique monétaire axée sur la stabilité des prix et qu’une surveillance microprudentielle ne suffisaient pas. Il manquait une approche macroprudentielle pour le système financier. Néanmoins, la BNS cherche toujours à limiter les nouveaux instruments, que ses nouvelles prérogatives soient réduites au strict minimum. Mais le volant anticyclique est important, et nous sommes contents qu’il soit à disposition en cas de besoin.

– Avant toute activation de ce volant, la BNS doit consulter le Conseil fédéral. Ne s’oriente-t-on pas vers une sorte de politisation de vos décisions?

– Croyez-moi, nous veillons à être le moins politisés possible. Dans ce cas précis, nous analysons la situation sur les marchés hypothécaire et immobilier, consultons la Finma, puis soumettons une proposition au Conseil fédéral. Après, c’est à lui que revient la décision finale. Nous communiquerons d’ailleurs à ce sujet chaque fois que nous aurons livré notre analyse, après la décision du Conseil fédéral. Et même si celui-ci ne suit pas notre recommandation. Ainsi, nous ne courons pas ce genre de risques.

– Comment percevez-vous l’évolution de la conjoncture suisse?

– Nous tablons sur une croissance de 1% pour 2012. Nous attendons un rattrapage aux 3e et 4e trimestres. Il faut néanmoins être conscient que les risques se situent plutôt à la baisse qu’à la hausse. Si la situation européenne se complique, si le gouffre fiscal américain se matérialise, ou si les pays émergents sont plus touchés que prévu, il est clair que la Suisse sera directement affectée.

– Comment interprétez-vous le changement de modèle d’affaires d’UBS, qui ressemble de moins en moins à une banque d’investissement?

– Ce n’est pas à nous de définir ni de juger le modèle d’affaires des banques. Un tel changement peut avoir un impact négatif pour la Suisse dans le court terme, par exemple en termes d’emplois. Mais ce qui est déterminant, c’est que le modèle d’affaires offre des services utiles pour l’économie et la perspective de générer du profit et d’assurer l’emploi à long terme.