«Les rétrocessions payées par les émetteurs sont un élément central pour les distributeurs de fonds», explique Marcel Roost, le rédacteur d'une thèse de doctorat sur la gestion de l'industrie des fonds*. Elle a été présentée à l'Université de Saint-Gall. L'expert connaît bien ce marché, il l'a observé, à titre professionnel, pendant cinq ans. Pour les besoins de son doctorat, il a notamment interviewé treize spécialistes, essentiellement des responsables des divisions fonds des banques suisses.

Les rétrocessions perçues sont la principale source de revenus des revendeurs, avant les commissions encaissées à l'achat ou les frais de dépôts. Après avoir augmenté ces dernières années, leur niveau «a atteint une limite supérieure». A ce jour, les émetteurs ont réussi à maintenir leurs marges en faisant progresser la commission de gestion, mais ils pourront difficilement aller plus loin. «Il est n'est pas sain qu'elle dépasse les 50% du rendement brut.»

Mais ces questions de rétrocession sont bien moins importantes, pour l'avenir de cette industrie, que l'évolution des marchés financiers. «90% des revenus en dépendent». En 2003, dernière année difficile, près de la moitié des promoteurs européens ont fait des pertes, mais la reprise des marchés a éloigné la pression sur l'industrie.

«La grande période de l'architecture ouverte est derrière nous», note Marcel Roost. Ce système, qui postule que les vendeurs de fonds ont l'obligation de proposer à leurs clients le meilleurs produit existant sur le marché, même si c'est un fonds lancé par un concurrent, est arrivé à ses limites. Les conseillers à la clientèle ne peuvent pas avoir en tête les palettes proposées par des dizaines d'émetteurs. La tendance actuelle privilégie les produits de quelques promoteurs, «moins d'une dizaine». Ce phénomène prend place, même si un nombre toujours plus grand de fonds sont présentés dans les bases de données des représentants.

La concurrence des produits structurés est vive, mais de nombreux promoteurs refusent de l'admettre. Dans les périodes de baisse, ils jouent un rôle de substitution face au fonds. «Une demande réelle existe. Ces produits sont mieux adaptés que les fonds pour jouer un rôle de protection du capital. Ils sont plus flexibles.»

Les représentants de l'industrie interrogés constatent par ailleurs, que «la mort des fonds», tel qu'elle avait été prévue par certains observateurs, n'a pas pris place. Certes des fonds ont été regroupés, d'autres ont disparu, mais c'était un nombre marginal si on le compare à l'ensemble des fonds existants.

Les émetteurs ont une relation ambivalente face aux fonds qui ont presque un caractère indiciel mais qui ne se présentent pas comme tels. Ces fonds ont le défaut de faire payer des commissions élevées, celles qui sont propres aux produits gérés activement, alors que leur gestion implique des frais de recherche nettement moins importants. Certains émetteurs y voient une tromperie, d'autres estiment simplement que c'est aux clients de s'en apercevoir. Il leur incombe de se détourner de ces produits et d'acheter des vrais fonds indiciels, aux commissions de gestion moins élevées.

*«Wertorientierte Führung im Anlagefondsgeschäft – Auf der Grundlage des Konzepts der Balanced Scorecard», Université de Saint-Gall, disponible au 044/334 54 77