Les voyageurs chinois sont parmi les plus dépensiers au monde. Pour eux, le shopping pendant les vacances est une institution. A tel point que, selon Suisse Tourisme, leur budget quotidien de villégiature avoisine en moyenne 350 francs, contre 120 francs pour les touristes européens. Par ailleurs, les Chinois caracolent en tête des dépenses hors taxes, selon le spécialiste du «duty free» Global Blue (pointage 2011), largement devant les Russes, les Japonais et les Américains. Et jettent principalement leur dévolu – sondage chinois «Hurun Best of Best 2012» – sur les produits de luxe suivants: 56% montres, 43% bijoux, 37% accessoires en cuir ou vêtements, et 30% cosmétiques.

Pour tirer au maximum profit de cette manne dépensière, les guides touristiques et les boutiques de marques entretiennent une pratique vieille comme le monde: le client témoin. En réalité, un «vendeur auxiliaire» d’origine asiatique est fondu dans le groupe de touristes. Il consomme ostensiblement des articles dans l’espoir de provoquer un réflexe d’achat chez les autres hôtes du magasin.

La technique a cours dans le monde entier. La Suisse n’y fait apparemment pas exception. Si aucun organisme helvétique officiel ne confirme cet usage, il serait, selon plusieurs sources de terrain bien informées, utilisé dans plusieurs points de chute touristiques du pays. Pour sa part, Genève Tourisme & Congrès (GT&C) n’a pas connaissance de telles astuces commerciales visant les voyageurs chinois. Il n’en exclut toutefois pas la probabilité.

L’imitation compulsive

«Si cette pratique, qui s’appuie sur les comportements de groupes, est réelle, elle concerne tous les visiteurs, indépendamment de leur origine», tempère la porte-parole de Suisse Tourisme. A la dif­férence près qu’avec les Chinois l’effet est quasiment garanti. «Culturellement, ils fonctionnent par mimétisme. Si un membre du groupe achète un objet, les autres le convoiteront aussi», commente Yunfei Gao, secrétaire exécutive de la Chambre de commerce Suisse-Chine. L’enjeu consiste alors à cibler l’article à liquider voulu. Quelle conséquence de la nouvelle loi ( lire ci-dessus ), qui entre en vigueur le mois prochain, sur ces méthodes de vente jugées discutables? «Ce changement législatif se fera à l’avantage de Genève, où les magasins ont relativement peu recours au commissionnement, explique une spécialiste du marché chinois à GT&C. Toutefois, cela n’empêchera pas complètement ces pratiques, les guides pouvant livrer aux enseignes une liste avec les noms et les numéros de passeport de leurs touristes, dans l’espoir de toucher une rétrocession en cas d’achat.»

Les nuitées chinoises en Suisse ont crû de 117% entre 2005 et 2010. Ici, le tourisme de groupe l’emporte encore sur la présence de familles et de voyageurs individuels.