Tourisme

«Vendre un hôtel est plus lucratif que de le gérer»

Le directeur du Mövenpick, Nicolas Meylan, témoigne des cycles de rénovations hôtelières à Genève. Son établissement vient d’injecter 20 millions de francs sur six ans pour maintenir son standing de cinq étoiles proche de l’aéroport

«Vendre un hôtel est plus lucratif que de le gérer»

Tourisme Le directeur du Mövenpick commente les grands investissements genevois

Les hôtels suisses sont des gouffres à millions. De leur rachat, le plus souvent pour des raisons émotionnelles plutôt que de rentabilité, à leur remise à niveau, des sommes colossales sont investies pour maintenir leur pouvoir d’attraction. L’argent ainsi englouti est particulièrement important en ce qui concerne les enseignes de standing. A tel point que ces établissements seraient économiquement loin d’être toujours une affaire en or.

«Un propriétaire fera plus d’argent en vendant son hôtel qu’en le gérant», résume Nicolas Meylan, directeur du Mövenpick, dernier établissement genevois en date à avoir achevé, jeudi, une rénovation d’envergure. Coût de l’opération: 20 millions de francs. Ce qui a permis de remettre au goût du jour l’établissement et d’en augmenter la valeur immobilière.

Genève fait ici office de cas d’école. Le canton dénombre 12 cinq étoiles – sur 130 enseignes – pour 480 000 habitants, soit parmi les plus fortes concentrations d’hôtels de luxe au monde. Le secteur génère 1 milliard de chiffre d’affaires par an, soit un dixième des recettes hôtelières du pays. La moitié de ces ventes est réalisée par les enseignes haut de gamme.

Une importantesérie de mues

Ces quatorze dernières années, le parc hôtelier du bout du lac a investi plus de 1,5 milliard de francs pour se remettre à niveau. Soit par petites touches, soit par des travaux d’ampleur.

Le milliardaire saoudien Abdul Aziz al-Sulaiman a par exemple injecté 40 millions de francs (de 2012 à 2014), auxquels s’ajoutent 100 millions (de 2004 à 2012), pour rajeunir ses deux fleurons genevois quatre et cinq étoiles que sont le Crown Plaza et l’Intercontinental. L’Hôtel N’vY (quatre étoiles), ex-Epsom géré par le groupe genevois Manotel pour le compte de la famille Danial, a ouvert ses portes en décembre 2012 à la suite d’une réfection totale devisée à 15 millions de francs.

Le palace Four Seasons des Bergues a également accompli une mue en 2013, pour une dépense de 65 millions de francs. Revendu en 2009 pour plus de 125 millions de francs au milliardaire malaisien Ananda Krishnan (également propriétaire du Richemond, racheté pour environ 100 millions de francs), il est exploité par le Saoudien Al-Walid bin Talal, un autre milliardaire. Ce dernier cogère aussi la chaîne suisse Mövenpick, présente à Genève sous la forme d’un cinq étoiles proche de l’aéroport et détenu par le leader helvétique des services immobiliers Privera.

Rentabilité sur le long terme

L’enseigne vient de faire son entrée dans le club des hôtels genevois fraîchement rénovés. Les trois quarts des 20 millions investis ont été alloués pour la réfection de ses 350 chambres, soit une dépense moyenne de 43 000 francs par chambre. «Nous finançons nos chantiers avec nos bénéfices, sans jamais emprunter», relève Nicolas Meylan. La rentabilité de son hôtel: légèrement au-dessus des 5%. Au Mövenpick, le retour sur investissement est calculé sur dix ans. Pour autant que les niveaux de remplissage demeurent autour des 70%. Les quelque 5 millions restants ont servi à remettre au goût du jour les espaces communs et les lieux de restauration.

Les tarifs des nuitées ont-ils changé? Plus que les dépenses de rénovation, ce sont les taux d’occupation qui les déterminent. Celui du Mövenpick de Genève a été de 66% en 2014, soit jusqu’à 100% en semaine avec, comme chez ses concurrents, une chute brutale les week-ends. L’enseigne vise un taux moyen de 72% en 2015. «Nos chambres ne sont pas plus chères après réfection, indique son directeur. En revanche, en période de forte fréquentation comme lors du Salon de l’auto, une nuitée peut avoisiner les 900 francs.»

Sensible aux prix, la clientèle d’affaires représente 75% du chiffre d’affaires du Mövenpick. Son avantage: appartenir à une marque reconnue, avec un réseau propre de réservation en ligne (5% des ventes, sur un total de 18% sur Internet).

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