Les cartes n’ont pas encore été jetées sur la table, mais la partie semble jouée. Vendredi, lors de l’assemblée générale du conglomérat minier zougois Xstrata, les actionnaires devront voter sur la proposition de fusion faite le 7 février par le géant du négoce Glencore. Certains actionnaires de ­Xstrata ont déjà annoncé qu’ils refuseraient de voter en faveur de cette fusion si l’offre n’était pas améliorée. De son côté, le patron de Glencore, Ivan Glasenberg, assure qu’il préférerait renoncer à l’opération plutôt que de payer ­davantage.

Selon une source citée lundi par l’agence Bloomberg, aucune discussion avec les actionnaires qui font bloc contre la proposition de fusion ne s’est tenue ce week-end ou n’est prévue durant la semaine. Glencore n’a donc pas l’intention de modifier son offre initiale: 2,8 actions de l’entité fusionnée («Glenstrata») pour chaque action actuelle de Xstrata. Trop peu, jugent certains, estimant qu’un ratio de 3,25 serait «plus approprié».

Le fonds d’investissement du Qatar – qui a dépensé environ 6 milliards de dollars pour détenir 12% de Xstrata – a confirmé qu’il allait voter contre la proposition d’Ivan Glasenberg. Le fonds d’investissement norvégien NBIM, qui possède 2,97% de Xstrata, s’y oppose également. La structure de l’offre permet à un groupe représentant 16,5% de l’actionnariat de Xstrata de bloquer la fusion.

«Les Qataris ne sont pas des fauteurs de troubles»

Glencore, qui détient pour l’heure 34% de Xstrata – mais dont le droit de vote est annulé sur cet objet – voudrait s’approprier le reste du producteur de charbon, de cuivre et de zinc pour devenir le quatrième conglomérat minier au monde. La fusion entre le trader et son voisin de Baar (ZG) donnerait naissance à un géant d’une capitalisation boursière de plus de 80 milliards de francs.

«Nous croyons que Xstrata possède un futur solide, comme groupe combiné avec Glencore […] ou comme entité indépendante, a déclaré Qatar Holding la semaine passée. Les actions de Xstrata représentent un investissement attractif à long terme.»

«Franchement, je ne vois pas les Qataris comme des fauteurs de troubles», assure Georges Racine, associé du cabinet genevois d’avocats Lalive et fin connaisseur du Qatar. «Cet accord est aussi gigantesque que médiatisé. Le but des Qataris n’est pas de le bloquer, mais uniquement d’obtenir une proposition plus favorable.»

La prise de position de l’émirat du Golfe a surpris les observateurs, alors que ce fonds souverain se révèle généralement un investisseur discret. «Dans bien des cas, ils ont des positions majoritaires ou investissent dans des sociétés privées, donc les discussions n’ont simplement pas lieu publiquement», souligne Georges Racine. Avant de prévenir: «Tout peut encore arriver. Cette histoire n’est pas terminée.» Lundi, Glencore n’a pas répondu à nos sollicitations.