Dans le mix énergétique suisse, l’éolien est appelé à jouer un rôle clé. La force du vent, quasi gratuite une fois les centrales installées, est renouvelable et complémentaire de nos barrages et des parcs photovoltaïques. Elle produit les deux tiers de son électricité en hiver, une proportion qui s’inverse avec le solaire et l’hydraulique, plus intéressants l’été, quand les journées sont longues et les lacs pleins.

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Chaque franc investi dans l’éolien permet, selon la Confédération, d’en économiser cinq qui seraient sinon dépensés dans des systèmes de production et de stockage. On parle d’hydrogène pour le stockage saisonnier d’énergie, mais on doit encore se faire la main et la production d’hydrogène vert en Suisse s’annonce coûteuse et limitée. Le nucléaire, au courant continu, est voué à disparaître même si des solutions prometteuses émergent. Celle de la start-up genevoise Transmutex est spectaculaire.

L’éolien doit renforcer l’autonomie énergétique de la Suisse, qui dépense 1 milliard de francs par mois pour des hydrocarbures kazakhs, russes ou nigérians notamment. Cette semaine, le Kazakhstan est dans la tourmente et Moscou peut se frotter les mains: le froid qui revient va accroître la demande en gaz naturel, une énergie fossile dont le prix a explosé et que la Russie vend largement sous nos latitudes. Le Nigeria, principal exportateur de brut en Suisse, figure parmi les nations les plus corrompues, selon Transparency International.

Il y a eu moins de vent en 2021? Une variabilité anticipée qui ne traduit pas forcément une tendance. Même dans le scénario du pire – une baisse de 10% de la force du vent l’été en Europe en 2100 –, le déploiement des éoliennes conserve toute sa pertinence. Leurs pales, qui s’allongent et se profilent, sont toujours plus efficientes et abordables. Une machine construite aujourd’hui produit 300% d’énergie en plus qu’un modèle précédent dix ans plus tôt.

Mais rien n’y fait. La Suisse ne recense que 41 éoliennes. Elles produisent 0,24% de l’électricité du pays, une part plus faible qu’en Afrique de l’Ouest et qui la place au dernier rang en Europe. Au Danemark, 56% de l’électricité vient du vent, un chiffre qui oscille entre 20 et 25% en Espagne, au Portugal, au Royaume-Uni et en Allemagne. La France, souvent critiquée, figure parmi les cinq pays européens qui ont installé le plus d’éoliennes en 2020, selon l’organisation WindEurope. L’Autriche en compte 1300, 30 fois le parc helvétique.

Le seul projet suisse ayant surmonté les oppositions porte sur six hélices à Sainte-Croix. Il a été remporté après vingt-trois ans de procédures judiciaires. Trop pour les fournisseurs locaux qui regardent ailleurs: en 2020, ils produisaient plus d’énergie éolienne à l’étranger, et notamment en France, que ce que projette la Confédération en 2050 sur son sol. Si la Suisse veut embrasser sa transition énergétique, elle doit corriger le tir.