Difficile de ne pas affubler de symboles l’abandon de CLSA, l’une des maisons de courtage les plus en vue d’Asie, par la première banque française. Certes, cette dernière ne jouait depuis des années qu’un rôle de lointain investisseur – plus que celui de maison mère – auprès de ce groupe hongkongais de 1500 collaborateurs. Et bien sûr, cette cession fait écho à celle, en France il y a dix jours, du courtier Cheuvreux, confirmant ainsi une sortie des activités de courtage centrées sur les marchés boursiers.

Pourtant, l’annonce de la vente pour 1,25 milliard de dollars de CLSA au chinois Citic Securities fait un peu plus pâlir l’image en Asie d’un groupe bancaire qui a longtemps compté sur la réputation passée de l’ancienne Indosuez, présente à Hongkong depuis plus d’un siècle. Cette cession vient également rappeler les sacrifices auxquels sont acculés les groupes bancaires européens en ces temps de crise de la dette. Des difficultés qui, dans le cas de Crédit Agricole, étaient rappelées, lundi, par l’annonce d’une offre pour sa filiale grecque en déroute, Emporiki.

CLSA «est toujours apparue comme une pépite en Asie, en raison de sa plateforme de recherche et de distribution», confiait lundi soir un financier expatrié à Hong­kong, avant de quitter son bureau en raison de l’approche d’un typhon sur la ville. Le nom de cette maison de courtage – tout comme ses couleurs – restent les seuls vestiges d’une époque disparue: celle de la puissance du Crédit Lyonnais, qui, à la fin des années 80, rachetait une maison de courtage locale fondée par deux «expats», Jim Walker et Gary Coull. Accompagnant le changement de dimension économique de la Chine et de ses satellites, l’histoire du succès de CLSA fut écrite par ces deux anciens journalistes. Emporté par un cancer en 2006, Gary Coull avait commencé au South China Morning Post en débarquant de Vancouver, en 1977. Une expérience qui a longtemps résonné dans l’indépendance de ton de la recherche produite par ses analystes. Mais aussi sur les couvertures de ses rapports hebdomadaires, comme le «Greed and Fear» du stratège vedette Christopher Wood, ou le «Sinology» d’Andy Rothman, ancien diplomate à la tête du bureau de Shanghai. Ou dans ses «forums» annuels réunissant plus d’un millier de financiers dans l’ex-colonie au mois de septembre. Ces derniers s’y pressent aussi pour leurs conférenciers atypiques – Sarah Palin en 2009, George Clooney en 2011 – ou pour le faste des soirées organisées.

Le rapprochement de cette maison atypique et d’un groupe «continental» dépendant d’un immense conglomérat d’Etat était discuté depuis deux ans. «Citic a encore beaucoup à apprendre, ce rachat leur permet d’acquérir en un temps record un immense savoir-faire et des parts de marché», relève Serge Fafalen, avocat suisse à la tête d’un cabinet légal dans l’ex-colonie.

Encore faudra-t-il que les cultures s’accordent. Et que les meilleurs éléments de CLSA restent. Citic aurait mis les moyens, acceptant, selon l’agence Reuters, de payer le courtier hongkongais plus d’une fois et demie la valeur comptable. Un effort dont semblent douter ses propres actionnaires: hier le titre Citic Securities a plongé de plus de 7% en bourse.

L’histoire de CLSA fut écrite par deux anciens journalistes expatriés dans l’ex-colonie, Jim Walker et Gary Coull