Le nombre de cigarette vendues en Suisse a baissé de 5,16% entre 2013 et 2014, passant de 10,805 milliards de pièces à 10,247 milliards, a indiqué jeudi l’Administration fédérale des douanes (AFD). Ce chiffre est le plus bas depuis 1995, année où le nombre de cigarettes dépassait les 15,5 milliards d’unités. Le manque à fumer s’élève donc à 558 millions de cigarettes, avec une baisse des revenus de l’impôt sur le tabac de 1,65%, le produit de cette taxe s’établissant à 2,257 milliards de francs pour 2014. En revanche, l’industrie suisse du tabac profite d’une hausse de 8% de ses exportations. En 2014, celles-ci se sont élevées à 31,256 milliards d’unités, indique l’AFD.

Avec un paquet à 8.40 francs en 2014, le prix de la cigarette bat lui aussi un record, de même que la part de l’impôt par paquet, qui s’est élevée à 4.47 francs en 2014. L’industrie du tabac a augmenté de 20 centimes le prix du paquet en 2014. La Suisse apparaît aussi comme un îlot de cherté pour les cigarettes, avec des paquets à 6.95 francs en France ou à 4.65 francs en Autriche (à un cours de 0993 francs suisses pour 1 euro, contre 1,05 mercredi), soit presque la moitié du prix suisse pour ce dernier pays, indiquent les douanes suisses.

Comment expliquer cette baisse? Professeur de santé publique à l’Université de Genève, Jean-François Etter juge que plusieurs facteurs peuvent être à l’œuvre. «La hausse du prix du paquet en 2014, fonction de l’élasticité prix qui est de -0,4 environ, peut probablement expliquer 1% des 5% de baisse», commence ce spécialiste. Le Genevois mentionne également des facteurs aléatoires ou allogènes. «On a vu aux Etats-Unis que la baisse du pétrole a entraîné une hausse des ventes de cigarettes dans les stations essence, du fait du cash supplémentaire à disposition», indique l’auteur du livre «La Vérité sur la cigarette électronique». Un autre facteur pourrait être une baisse de la prévalence du tabagisme, mais les chiffres ne sont pas encore disponibles pour 2014. «Le taux de fumeurs dans la population adulte est stable depuis 2008: il s’établissait à 27% en 2013», détaille ce scientifique. Autre piste: celle l’irruption de l’e-cigarette fin 2013, qui en France a induit une baisse de plusieurs pourcent dans la consommation du tabac. «Mais en Suisse, son utilisation demeure marginale par rapport à d’autres pays, comme la France ou les Etats-Unis, du fait de l’interdiction de la nicotine dans les liquides», analyse le chercheur.

Jean-François Etter pointe un acteur nouveau sur le marché de la nicotine, le snus, ce tabac en poudre qui se consomme en bouche. «Ce produit a fait une entrée spectaculaire chez les jeunes, notamment dans les milieux du ski et du hockey. Mais là aussi les ventes ont lieu via Internet. Il faut attendre les prochains chiffres de l’Office fédéral de la santé publique.» Dernière piste pour expliquer cette baisse de la consommation de cigarettes, celle des effets de la prévention du tabac. «Mais je n’ai vu aucune campagne marquante ou plus efficace que les années précédentes en 2014», commente le responsable du site www.stop-tabac.ch