Andrew Forman, auteur d'une récente étude sur l'industrie des médicaments génériques aux Etats-Unis, adore interpeller son interlocuteur par d'étranges questions. Par exemple celle-là. «Quelle est l'entreprise dont les médicaments sont les plus prescrits aux Etats-Unis?» Logiquement, les noms des plus grandes multinationales américaines, comme Pfizer, Merck, ou Eli-Lilly viennent immédiatement à l'esprit. Erreur! L'entreprise en question, qui recueille plus de 15% des prescriptions médicales, s'appelle Teva. Inconnue du grand public, cette société israélienne s'est spécialisée dans les médicaments génériques. La croissance de la firme est forte. Son chiffre d'affaires, 2,12 milliards de francs en 1999, devrait plus que doubler en 2002, selon Andrew Forman, auteur d'une étude du bureau de conseils financiers Friedman, Billings & Ramsey (FBR).

Des pressions politiques

La présence de génériques sur un marché dont la marque principale est encore protégée par un brevet peut fortement accroître la pression «politique». L'allemand Bayer, au terme de négociations serrées avec les autorités canadiennes et américaines, a finalement abaissé le prix du médicament contre la maladie du charbon à moins de 1 dollar pièce. «Bayer a également choisi de verser des millions de dollars à l'entreprise de génériques Barr pour l'obliger à ne pas vendre son produit», souligne Andrew Forman, qui ne cache pas son admiration pour la stratégie agressive de Barr.

L'analyste américain ne fait pas grand cas des protestations des grandes industries pharmaceutiques qui exigent une forte protection des brevets pour financer des années de recherche. De nouvelles méthodes sont développées par les entreprises fabriquant des génériques. Elles ne se contentent plus d'attendre la fin la période de protection de la marque concurrente, mais cherchent des failles juridiques qu'elles exploitent en intentant des procès permettant de libérer ou de contourner le marché.

Dans certaines circonstances, une entreprise développant un générique peut bénéficier d'une protection de six mois. Barr a ainsi réussi à mettre à mal le Prozac d'Eli-Lilly. Les ventes du générique antidépresseur devraient rapporter quelque 450 millions de dollars en un an.

L'analyste de FBR est persuadé du potentiel de croissance de ces médicaments dans un contexte de forte pression sur la réduction des coûts de la santé. «A l'avenir, ce ne sera plus seulement le pharmacien, mais également le patient qui demandera un générique.» Le chiffre d'affaires des génériques devrait doubler en cinq ans pour passer à quelque 20 milliards de dollars en 2005. A cette date, un médicament sur cinq vendus aux Etats-Unis, contre un sur dix aujourd'hui, devrait être un générique.

Les investisseurs qui sauront repérer les entreprises de génériques prêtes à bondir à l'échéance des brevets, peuvent faire d'excellentes affaires, constate Andrew Forman. Ces cinq prochaines années, 30 milliards de dollars de médicaments brevetés perdront leur protection. Très souvent sous-évalués, les titres de ces sociétés enregistrent des performances généralement meilleures que celles des grandes entreprises pharma. L'étude de FBR parvient à la conclusion qu'entre 1996 et 2001 le rendement moyen de quatorze sociétés américaines vendant des génériques s'est situé à 24,5%, soit 7% supérieur à celui des grandes sociétés pharmaceutiques.