Les vents contraires pénaliseront encore les émergents

Analyse La réduction de l’écart de croissance et la hausse du dollar constitueront de lourds handicaps en 2015

Les marchés émergents ont déçu en 2014. Leur indice global ne s’est accru que de 3% cette année. Non seulement les actions européennes ou américaines leur ont été très supérieures. Mais la performance des obligations souveraines allemandes et américaines à 10 ans a été deux fois supérieure.

Depuis 2011, les émergents ne parviennent pas à surperformer l’indice MSCI des actions mondiales. Un changement en vue? Pas vraiment! A l’heure où les groupes financiers présentent leurs perspectives de marchés, les actions émergentes ne figurent que rarement au rang de favoris pour 2015. Ce sont plutôt les actions américaines, et plus rarement les titres européens, qui arrivent au premier rang.

L’argumentation en faveur des émergents semble n’intéresser personne. Chacun sait que les pays émergents représentent 40% du PIB mondial et que cette part grimpera à 59% en 2030. On estime aussi que leur valeur boursière correspond à 31% du total mondial et devrait se hisser à 42% en 2020, puis 53% en 2030. Mais à court terme, l’incertitude règne.

La belle histoire des pays émergents semble s’être temporairement arrêtée. Même en termes de croissance du PIB, les pays émergents souffrent d’un fort vent contraire. Le FMI, qui s’est à nouveau révélé trop optimiste dans ses prévisions conjoncturelles, vient d’indiquer que son erreur de croissance des pays émergents a été deux fois supérieure à celle des autres pays. Les gérants de fonds en actions émergents ont beau redoubler d’efforts et répéter que ces pays contribuent à 80% de la croissance économique mondiale. Du point de vue de l’investisseur, l’important est ailleurs.

L’écart de croissance entre pays émergents et industrialisés a chuté de moitié. Il n’est plus que de 2,5%, estime Remi Ajewole, gérante d’un fonds multi-asset de Schroders. Lors d’une conférence à Londres, l’expert en actions émergentes du même institut d’actifs essaie tant bien que mal de montrer que les actions émergentes sont sous-évaluées de 30% par rapport aux pays industrialisés (en termes de multiple des bénéfices). Derek Power ajoute que depuis dix ans, les émergents n’ont jamais été aussi bon marché. Même si la banque gère plus de 40 milliards de dollars dans les émergents, les spécialistes chargés des fonds diversifiés réduisent la part des émergents dans leur allocation, ou la suppriment totalement. A l’image de Remi Ajewole, qui préfère largement les actions américaines.

L’espoir vient des politiques

Au sein des plus grands pays émergents, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), un seul parvient à tirer son épingle du jeu et à obtenir les faveurs des investisseurs. Il s’agit de l’Inde. Les financiers sont persuadés que le gouvernement Modi parviendra à répondre à ses promesses électorales, à renforcer les droits des investisseurs, réduire la corruption et investir dans les infrastructures. Les premiers pas du nouvel homme fort de Delhi sont encourageants. «Mais si l’espoir des investisseurs repose sur les promesses des politiques, c’est un mauvais signe», nous déclare un banquier de la City.

La Russie et le Brésil sont pour leur part fortement pénalisés par la sensible baisse du prix des matières premières et leur politique économique.

Il est vrai que si le terme d’émergents est employé pour l’ensemble d’une classe d’actifs, ces pays ne forment pas un bloc homogène. Plus que jamais, il faut séparer le bon grain de l’ivraie. Les pays qui souffrent d’un déficit budgétaire couplé d’un déficit courant sont à éviter. La Turquie, l’Afrique du Sud, le Brésil sont souvent montrés du doigt, à l’inverse de la Pologne ou de l’Indonésie.

D’une manière générale, la hausse du dollar n’est pas un facteur de soutien pour les émergents (voir le graphique). Comme la monnaie de nombreux pays asiatiques est liée au dollar, donc à la politique moins laxiste de la Réserve fédérale américaine, on comprend que l’aspect monétaire constitue un premier handicap. Il sera d’autant plus lourd si le pays en question doit se financer au prix fort.

Comme Tokyo ne cesse d’accroître ses injections de monnaies dans le système pour relancer son économie, le yen devrait continuer de baisser. Les exportateurs asiatiques qui concurrencent les multinationales japonaises en souffriront sans aucun doute (Corée du Sud, Taïwan).

Même un champion de la croissance tel que la Chine peine à convaincre les analystes. L’évolution du chiffre d’affaires des casinos à Macau, qui évolue en parallèle au PIB chinois, présente une croissance négative en ce moment, déplore Keith Wade, chef économiste de Schroders. La lutte contre la corruption réduit sans doute la présence dans les salles de jeux. Mais le doute persiste sur l’espoir d’un rebond conjoncturel dans l’Empire du Milieu.

De plus, la croissance des bénéfices des sociétés émergentes, après une hausse de 14,4% cette année en dehors des valeurs financières, ne devrait pas dépasser 9,4% en 2015, contre 9% en Europe. Et ce n’est pas la stagnation du commerce mondial qui soutiendra les exportateurs des pays émergents. Prudence.