Conjoncture

Des vents contraires s'abattent sur la zone euro

La Commission a revu son estimation de la croissance pour 2016 à la baisse. Le commissaire Moscovici évoque les risques extérieurs qui peuvent freiner l'activité

L’horizon économique de la zone euro n’apparaît pas brillant. Après plusieurs années difficiles, la croissance est certes de retour, mais sa prévision pour 2016 a été révisée à la baisse à 1,7%, a déclaré jeudi la Commission européenne. Les prévisions faites l’automne dernier la portaient à 1,8%.

«Nous sommes actuellement confrontés à un nombre croissant de vents contraires», a mis en garde Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des Affaires économiques et financières lors de la présentation des perspectives conjoncturelles d’hiver à Bruxelles. «Les risques étaient aussi là en automne et la Commission en avait tenu compte, commente Gregory Claeys, économiste à l’Institut Bruegel, un centre d’analyses politiques et économiques à Bruxelles. Mais ils sont à présent plus précis et plus élevés et capables de donner un coup de frein à l’activité économique.»

Le paradoxe est que les dix-neuf pays de la zone euro, voire les vingt-huit membres de l’Union européenne (UE), ont engagé des réformes structurelles, souvent difficiles, avec succès, pour assainir leur économie respective. Ce qui a permis à certains d’entre eux d’augmenter les dépenses publiques. Plus globalement, le taux de change de l’euro, en baisse par rapport au dollar, favorise les exportations européennes. Le prix du pétrole a baissé de plus de moitié en une année, laissant un plus grand pouvoir d’achat aux mains des consommateurs. Et par-dessus tout, la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) a fait baisser le taux d’intérêt, rendant le crédit plus accessible.

Risques liés aux pays émergents

«Toutefois, ces facteurs positifs sont contrebalancés par des risques que la Commission prend très au sérieux», a renchéri Pierre Moscovici. Ils sont nombreux, à commencer par la faiblesse des pays émergents, notamment de la Chine, mais aussi de la Russie, du Brésil et des pays du Golfe, producteurs de matières premières. Les exportations européennes vers ces destinations sont en baisse. Autre facteur: les incertitudes géopolitiques aux portes de l’Europe ne sont pas propices aux investissements. Pour sa part, l’analyste de Bruegel ajoute que l’état de l’économie des Etats-Unis, pays à la fois producteur et consommateur de pétrole et où la Fed vient d’augmenter les taux directeurs, renforce les incertitudes.

Par ailleurs, les prévisions conjoncturelles d’hiver ne tiennent pas compte d’un facteur non négligeable: la crise des réfugiés, dont les conséquences sur le plan économique sont difficiles à mesurer. Même si la Commission ne dispose pas encore d’étude spécifique, Pierre Moscovici a toutefois affirmé que les dépenses publiques affectées à l’accueil contribueront à la progression de l’économie européenne. «En revanche, si cette crise provoque l’effondrement de l’espace Schengen, ce qui est une réelle préoccupation aujourd’hui, il pourrait y avoir un impact perturbateur sur la croissance», a-t-il poursuivi. Gregory Claeys relativise et affirme que même si les coûts s’élèvent à 100 milliards d’euros par an, comme l’a estimé cette semaine France Stratégies, un centre d’études lié à Matignon, le bureau du premier ministre français, ils ne devraient pas remettre en cause la reprise.

Laurent Bakhtiari, analyste à IG Bank à Genève, se veut plutôt positif. Selon lui, la Banque centrale européenne (BCE) joue et jouera un rôle décisif pour donner une impulsion à la zone euro. Il s’attend à un prolongement du programme d’assouplissement monétaire en cours, tant sur la durée que sur le montant lors de la prochaine réunion des gouverneurs le 10 mars prochain. «Par conséquent, j’anticipe le retour de la confiance, la reprise des investissements et le retour de la croissance», a-t-il précisé.

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