Antoine Frérot est un patron qui aime parler social et capitalisme responsable. Le président-directeur général de Veolia, ce groupe héritier de la Compagnie Générale des Eaux, est l’un des tout premiers partenaires, en France, des collectivités locales qui lui confient la gestion de leur réseau d’eau et, éventuellement, celui de leurs déchets. Sa volonté de se différencier du capitalisme «prédateur» était d’ailleurs au centre de l’entretien qu’il avait l’an dernier accordé au Temps, dont le titre résumait bien sa «ligne»: «Le capitalisme des actionnaires a atteint ses limites», nous avait-il expliqué en juin 2019, pendant plus d’une heure, au siège de son groupe, qui surplombe le boulevard périphérique parisien. L’évidence sociale était alors facile à saisir. Il suffisait de se rapprocher des baies vitrées. En contrebas? Un camp de migrants, démantelés depuis, adossé à un grand centre commercial Carrefour…

Un homme de pouvoir reste un homme de pouvoir

Seulement voilà: les promesses n’engagent souvent, dans les affaires, que ceux qui ont le tort d’y croire. Car Antoine Frérot, malgré son engagement pro-européen et son goût du dialogue social, reste un chasseur d’opportunités et un homme de pouvoir. Pas question pour lui, malgré le choc que constitue la pandémie de Covid-19 pour l’économie française et pour des millions de salariés ayant perdu leur emploi ou risquant de le perdre, de ne pas saisir l’occasion d’une bonne crise pour régler quelques comptes. Suez, le fameux groupe né de la construction du canal du même nom, est un autre mastodonte des services environnementaux. En 2017, la compagnie s’est même offert le luxe d’acquérir la division «Technologies de l’eau et des déchets» du géant américain en difficulté General Electric.