Le plus grand syndicat de branche du monde va naître cette semaine en Allemagne. De lundi à mercredi, 1000 délégués sont réunis à Berlin pour entériner la fusion de cinq syndicats embrassant un millier de professions dans le domaine des services. Fort de 3 millions de membres, la nouvelle formation s'appellera Verdi pour «Vereinigte Dienstleistungsgewerkschaft» (syndicat uni des services). L'allusion au célèbre compositeur italien est revendiquée: les artisans de la fusion devront s'inspirer du génie de Giuseppe Verdi pour faire régner l'harmonie dans leur nouvelle maison…

Les négociations ont duré trois ans. En décembre 2000, le membre le plus puissant du quintet, l'ÖTV (syndicat des services publics et des transports), se cabrait. Son président abdiquait, tout était à refaire. Son successeur, Franck Bsirske, a su en trois mois renouer les fils et négocier une nouvelle répartition du pouvoir au sein de Verdi. Si bien que l'ÖTV acceptait vendredi sa dissolution (87% des voix) et le lendemain, les quatre autres partenaires réunissaient à leur tour la majorité qualifiée (80%) requise pour aller de l'avant.

Réponse au déclin du mouvement syndical

Verdi est un patchwork qui réunit les fonctionnaires de l'ÖTV, les syndiqués de La Poste (DPG), ceux des secteurs de la banque, des assurances et du commerce (HBV), ceux des métiers de la presse (IG-Medien) et enfin les membres du Syndicat des employés, le DAG, traditionnellement indépendant du mouvement syndical allemand. Verdi sera plus gros que IG-Metall, l'autre mammouth dont les 2,8 millions de membres se recrutent dans l'industrie. Les deux géants rivaliseront pour donner le ton quand la Fédération des syndicats allemands militera pour les négociations salariales, la politique sociale ou économique.

Verdi est d'abord une réponse au déclin du mouvement syndical. Les cinq cofondateurs ont perdu 450 000 membres en quatre ans. L'ÖTV en a perdu à lui seul 500 000 en dix ans. Leur trésorerie était menacée. La mise en commun des ressources (1,6 milliard de marks) procure des moyens d'agir accrus. Les syndiqués se voient promettre des prestations supérieures pour une cotisation identique.

S'agissant d'un mariage de raison, les doutes subsistent sur le sens de l'opération. Comment développer une culture syndicale commune au sein d'un ensemble aussi hétérogène? Comment donner une perspective sociale identique à une vendeuse, un conducteur de bus, un informaticien, un médecin, une secrétaire d'administration et un facteur?

La complexité des organes de Verdi n'est pas pour rassurer. Ce cénacle «sera plus grand que le cabinet allemand ou la Commission européenne», ironise le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le risque de paralysie est réel.