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«Même s’il est agréable de profiter de la chaleur de la reprise […], le meilleur moment pour réparer la toiture, c’est quand le soleil brille.»
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Formation

Vers l’économie solidaire, un levier pour une croissance inclusive

Depuis quelques années, de nombreuses initiatives visent à développer une économie inclusive, qui combine l’efficience économique avec les problèmes d’équité et de justice sociale. Décryptage

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive». Celle-ci vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

«Le capitalisme fabrique de la croissance en même temps que de l’exclusion», a récemment déclaré le géographe français Martin Vanier. «Un monde qui ne sait pas quoi faire de ses pauvres se dirige vers des tensions qui risquent de remettre en cause les fondements mêmes du système. De façon assez cynique, le capitalisme a besoin de revenir à une logique d’inclusion.» Dans un autre style, Christine Lagarde a alerté le monde le 5 octobre 2017 contre une reprise de la croissance qui ne bénéficierait qu’à certains en ces termes: «Même s’il est agréable de profiter de la chaleur de la reprise […], le meilleur moment pour réparer la toiture, c’est quand le soleil brille.»

Lire aussi: La délicate question de la performance des placements durables

Certaines entreprises ont compris l’importance de réparer la toiture avant l’orage. Elles sont ainsi nombreuses à repenser la croissance, afin que celle-ci tienne compte des aspects sociaux et ne laisse personne en marge («Leave No One Behind», selon les termes utilisés par le secrétaire général des Nations unies). Pour rappel, la croissance est dite inclusive – par opposition à la croissance de l’exclusion et de la pauvreté – lorsqu’elle crée non seulement de nouvelles possibilités économiques mais assure aussi l’égalité d’accès à ces opportunités à tous les segments de la société. Ainsi, même si les entreprises inclusives cherchent, comme toute entreprise, à rentabiliser leur activité, la quête du profit est limitée par une certaine éthique et leurs structures recourent pour partie à des emplois aidés.

L’économie inclusive n’est cependant pas qu’une question d’argent et de redistribution des fruits de la croissance. Elle s’inscrit aussi dans un développement durable. Pour le dire autrement, elle est la rencontre, difficile mais féconde, des problématiques marchandes de l’entreprise avec les préoccupations environnementales.

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Transformer les déchets en emplois

A cet égard, Lemon Aide offre un bel exemple d’entreprise sociale inclusive. Née à l’été 2016 d’un partenariat entre l’entreprise de recyclage Lemon Tri, Danone et la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE), cette start-up qui emploie des «jeunes ou moins jeunes sans qualification, en recherche d’emploi ou en transition professionnelle» est spécialisée dans la logistique du recyclage. «La transformation de déchets en nouvelles ressources est un véritable enjeu planétaire, créateur de nombreux emplois durables et valorisants», assure-t-elle. Ainsi, en 2017, 390 tonnes de matières recyclables (PET, canettes, papier, carton) ont été collectées, massifiées et envoyées dans des filières de recyclage françaises. Dix-huit employés ont terminé un parcours d’insertion de six mois, avec 20% du temps de travail dédié à des formations et à de l’accompagnement socioprofessionnel. Le taux de sorties dynamiques (nouvel emploi stable ou formation qualifiante) est en outre de 80% chez Lemon Aide. La jeune pousse poursuit son développement en Ile-de-France et à Marseille, où elle a récemment ouvert une antenne.

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Autre exemple d’employeur qui a su appliquer avec succès les «bonnes» recettes de l’entreprise à l’action sociale, celui d’IKEA. Dans le cadre de son initiative «Better Cotton», le géant du meuble suédois a amélioré, en collaboration avec le WWF, les standards sociaux et environnementaux de la production de coton. Une assistance technique et une formation ont ainsi été proposées à des milliers de fermiers, au Pakistan et en Inde. Grâce à cette formation, les agriculteurs ont pu réduire les coûts de production et économiser jusqu’à 50% d’eau, mais aussi protéger la fertilité des sols et améliorer la biodiversité de la région. En adoptant une culture du coton plus durable, les agriculteurs ont également vu leur rendement et leur profit s’accroître progressivement, ce qui leur a permis d’améliorer leurs moyens de subsistance et de financer les études de leurs enfants.

En Suisse, IKEA a concrétisé un programme d’inclusion des réfugiés. Ceux-ci se sont vu offrir des stages de six mois ainsi que des formations à la sensibilisation interculturelle afin de leur faciliter l’accès au monde du travail. Au total, IKEA Suisse a fourni des opportunités à plus de 110 participants sur trois ans et a pu offrir trois postes permanents.

Des relations pérennes et mutuellement profitables

Enfin, l’entreprise Urmatt produit du riz basmati dans le cadre d’un modèle d’agriculture contractuelle avec les tribus marginalisées du nord-est de la Thaïlande. «En convertissant les agriculteurs à la production biologique et en leur fournissant savoir-faire et formation, Urmatt produit du riz de qualité supérieure, vendu à un prix élevé dans le monde entier, indique le spécialiste du financement du développement Noah Beckwith. La stratégie d’Urmatt a créé un cercle vertueux qui lui permet d’assurer une offre constante de produits de qualité en investissant dans des exploitants et en améliorant leurs perspectives, avec à la clé des revenus en hausse. De surcroît, les dégradations environnementales sont évitées, tandis que le capital social est renforcé par l’amélioration du niveau de vie et le recul de la pauvreté. Les entreprises inclusives comme Urmatt montrent qu’il est possible de répondre aux besoins sans sacrifier le capital environnemental et social.»

On le voit, les actions multiples menées à travers le monde par les entreprises inclusives proposent d’autres critères que ceux privilégiés par la globalisation financière. Ces entreprises n’en sont pas moins florissantes. «L’entreprise s’épanouit justement parce qu’elle intègre la cité, qu’elle ne la soumet plus et au contraire se met à son service, c’est-à-dire qu’elle choisit comme but de contribuer réellement à la vie sociale par ses produits, les interactions et les opportunités qu’elle génère», analyse Dominique Steiler dans Osons la paix économique (Ed. de Boeck).

Des formations présentant les fondements d’une démarche d’inclusion

Comment inciter davantage d’entreprises à intégrer la croissance inclusive? A Bienne, Sanu Future Learning SA propose des formations à l’intention des dirigeants souhaitant acquérir des instruments pratiques du développement durable. A Genève, la Haute Ecole de Gestion propose depuis dix ans des cours en management durable aux économistes d'entreprise. Au niveau de la formation continue, elle offre par ailleurs un Diplôme d’études avancées en emploi DAS Management durable. Chez nos voisins, HEC Paris encourage la création d’entreprises responsables dans le cadre d’activités d’accompagnement, d’incubation et de financement de start-up. L’IPAG Business School, quant à elle, a quatre campus (Paris, Nice, Los Angeles et Kunming) et propose une formation présentant les fondements d’une démarche d’inclusion à même de conjuguer durablement performance économique et performance sociale. Grâce à un chassé-croisé entre apports théoriques et études de cas concrets, le module esquisse le portrait d’une entreprise agile, réticulaire et inclusive. L’OCDE enfin a rédigé un recueil de bonnes pratiques intitulé La création d’entreprise inclusive qui donne de nombreuses clés relatives à l’entrepreneuriat inclusif dans l’Union européenne.

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