Technologie

Vers des traitements médicaux payés selon leur efficacité

La blockchain peut changer la gestion des coûts de la santé. Les HUG travaillent sur plusieurs projets utilisant cette technologie, dont un réseau social sécurisé pour les médecins

La blockchain a aussi des applications dans la santé. Pour financer des projets de recherche mais aussi pour de nouveaux modèles de prise en charge des coûts de la santé. Les liens entre ces deux mondes ont été décryptés dans une conférence organisée vendredi aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui eux-mêmes mènent plusieurs projets s’appuyant sur cette technologie.

«La blockchain ne va pas nous aider dans notre recherche scientifique, mais elle facilite largement les levées de fonds pour nos projets», résume Marco Alessandrini, créateur de HIVaway, une start-up active dans la lutte contre le sida, et chercheur à l’Université de Genève. Très à la mode, la blockchain peut être assimilée à une nouvelle génération d’internet, qui permet d’échanger directement de l’argent ou des actifs financiers, sans intermédiaire et avec un niveau de sécurité très élevé, résume l’avocat Olivier Depierre, spécialisé dans les nouvelles technologies financières.

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Une sorte de «super-LinkedIn»

La blockchain pourrait également optimiser le paiement des traitements, explique Ahmed Abdulla, de Digipharm: «C’est la solution parfaite pour que les grandes pharmas soient rémunérées en fonction de l’efficacité de leurs médicaments sur les patients, selon le nombre de jours d’hospitalisation ou la quantité de traitements supplémentaires nécessaires.» Dans ce cadre, la blockchain permet de retracer en temps réel l’évolution de l’état de santé d’un patient, et de déclencher automatiquement des paiements grâce à des contrats intelligents.

L’hôpital cantonal travaille également sur des projets liés à la blockchain et à des données médicales. Codirecteur de l’informatique aux HUG, Rodolphe Meyer et son équipe ont créé un réseau professionnel pour les médecins de l’hôpital, une sorte de «super-LinkedIn» utilisant la confidentialité et la sécurité de la blockchain. «Il s’agit d’une base de données qui regroupe pour chaque praticien son CV, ses diplômes, collectés sur la base de données de l’Université de Genève par exemple, ses spécialités, mais aussi l’historique des interventions qu’il a réalisées, avec un niveau de détail élevé concernant son rôle précis», précise le docteur en systèmes d’information.

Pas le Saint Graal

Parmi les autres projets en cours figure celui d’un «passeport radio» qui contiendrait tout l’historique des examens radiologiques d’un patient et la somme des radiations qu’il a reçues dans son parcours médical. Une autre application possible se trouve dans le transport aérien, glisse encore Rodolphe Meyer, où un logiciel sur téléphone mobile garderait la trace de l’exposition des équipages aux rayons X.

Dans la période actuelle, où le grand public découvre la blockchain, Karsten Stampa tempère quelque peu l’euphorie ambiante: «Cette technologie est souvent vue comme le Saint Graal qui permettra de tout résoudre et de tout guérir. C’est évidemment faux. La blockchain doit être utilisée seulement lorsqu’elle est adaptée au modèle d’affaires d’une entreprise», affirme le dirigeant de Healthbank, une coopérative zougoise qui construit une base de données pour les informations médicales. Or Healthbank ne déposera pas ces données sur la blockchain, car elles ne pourraient pas être facilement effacées. Ce qui est contraire au règlement européen sur la protection des données, le RGPD.

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