Un fameux conte zen raconte qu’un vieux paysan reçoit un jour un cheval. Les villageois disent: «Quelle chance!» Le vieux réagit: «Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.» Le fils du paysan tombe du cheval et se brise la jambe. Les villageois s’exclament: «Quel malheur!» Le vieux répète: «Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.» Blessé, le jeune homme échappe à l’enrôlement pour la guerre de tous les hommes en âge de se battre: «Quel privilège!» disent les villageois. De nouveau, le vieux ne sait pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

Nous raisonnons souvent comme les villageois de ce conte zen, alors que des pans entiers de la psychologie sociale nous démontrent à quel point nos sens peuvent être facilement abusés, notre attention détournée, nos pronostics faussés, notre cerveau manipulé, et à quel point nos connaissances sur le monde sont limitées. Pourtant, nous continuons à savoir, à porter des jugements, à avoir des certitudes. Dans le monde de l’entreprise, où il est nécessaire d’affirmer sa légitimité dans un contexte de hiérarchie, peut-être encore plus qu’ailleurs.