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Le cartel doit prendre acte de son incapacité à faire plier les producteurs nord-américains de pétrole de schiste.
© TODD KOROL/Reuters

Matières premières

Vers un nouveau choc pétrolier après 2020

Faute d’investissements, l’industrie de l’or noir pourrait connaître un début de pénurie et une flambée des prix, prévoit l’Agence internationale de l’énergie.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a formalisé, dans son rapport annuel à moyen terme (2017-2022), ce que son directeur exécutif, Fatih Birol, répète depuis des mois, à l’unisson de patrons de grandes compagnies pétrolières: l’offre mondiale de brut restera abondante d’ici à la fin de la décennie, mais la production pourrait avoir du mal à répondre à la demande peu après 2020. C’est à cet horizon, en effet, que la baisse des investissements (capex) dans l’exploration-production, réduits de moitié depuis leur pic de 2014, pourrait entraîner un début de pénurie et une nouvelle flambée des prix.

Depuis la chute des cours, tombés de 114 dollars (environ 115,50 francs) mi-juin 2014 à 55 dollars, les compagnies nationales ont diminué leurs capex, alors que les majors (ExxonMobil, Shell, BP, Total…) et les sociétés de taille moyenne taillaient dans leurs investissements à la hache – en priorité dans les projets les plus coûteux (offshore profond, sables bitumineux). «Il y a un risque de forte hausse des prix si de nouveaux projets ne sont pas lancés rapidement», prévient l’agence, bras armé dans l’énergie de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «Il n’est pas trop tard pour éviter une pénurie d’offre, à condition que les entreprises commencent sans délai à approuver des travaux de développement», ajoute-t-elle.

Resserrer les vannes pour faire remonter les cours

Les prix sont tombés si bas début 2016 qu’après avoir laissé jouer les forces du marché, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est revenue à une «gestion du marché», note l’AIE. L’Arabie saoudite, les autres pétromonarchies du golfe et la Russie ont finalement décidé de resserrer les vannes pour faire remonter les cours: 1,8 million de barils par jour (sur 95 millions) doivent être retirés du marché au cours du premier semestre; les prix sont remontés et se stabilisent autour de 55 dollars. Même si l’agence rechigne à prévoir les cours, elle estime que le baril s’établira entre 50 et 60 dollars dans les cinq prochaines années, avec des périodes de forte volatilité.

A lire: Le négoce du pétrole s’accroche à la croissance chinoise

Dans les années 1980-1990, après les chocs pétroliers de 1973 et 1979, l’OPEP avait dû faire face au développement accéléré de la production pétrolière en mer du Nord et en Alaska, une rude concurrence pour les pays arabes. Le cartel doit aujourd’hui prendre acte de son incapacité à faire plier les producteurs américains de pétrole de schiste. Une centaine de petites sociétés ont fait faillite ou ont été absorbées; celles qui ont résisté ces deux dernières années sont ressorties plus fortes de la crise et sont rentables avec un baril à 50 dollars, voire moins dans certaines régions.

Organisateur du CeraWeek, le Davos de l’énergie qui se tient chaque année à Houston au Texas, Daniel Yergin souligne que la donne a changé en un an. «Ce n’est plus vraiment nous contre eux, mais plutôt une coexistence pacifique» entre producteurs américains et pays de l’OPEP, déclare-t-il dans une interview au Wall Street Journal. Le ministre saoudien du pétrole se montre lui aussi conciliant. A Houston, Khaled Al-Faleh s’est félicité du regain de l’industrie pétrolière américaine, signe d’une renaissance de l’ensemble du secteur. Mais pour nuancer aussitôt son propos: la remontée des prix est fragile, l’Arabie saoudite n’est pas prête à porter seule l’effort et la production américaine ne doit pas repartir trop vite.

Or l’évolution des cours dépendra largement de la reprise plus ou moins forte de cette production de shale oil. En 2015-2016, il n’y a pas eu de «guerre» du pétrole Etats-Unis-OPEP, a affirmé le secrétaire général de l’OPEP au CeraWeek. Le pétrole de schiste a même contribué à compenser la baisse de production de l’Iran, du Nigeria et de la Libye, a souligné Mohammed Barkindo. Il a néanmoins souhaité que la reprise de la production se fasse «de manière ordonnée» pour ne pas faire replonger les prix.

ExxonMobil réoriente sa production

Il est difficile de demander à l’industrie américaine, plus réactive que les autres aux signaux de prix, de faire preuve de discipline. «Nous assistons au départ d’une deuxième vague de croissance de l’offre américaine et son ampleur dépendra de l’évolution des cours», analyse Fatih Birol. Dans son rapport, il estime qu’elle devrait augmenter de 500 000 barils par jour fin 2017 et de 1,4 million de barils d’ici à 2022 si les prix restent autour de 60 dollars le baril. Voire de 3 millions avec des cours à 80 dollars. Outre-Atlantique, les pétroliers sont de nouveau sur le pied de guerre. Le nombre d’appareils de forage a quasiment doublé depuis juin, selon la société parapétrolière Baker Hughes, et cela commence à se faire sentir sur la production.

ExxonMobil, la première major mondiale, vient de décider de réorienter une partie de ses activités de forage vers les shale oil et les shale gas du Texas. Son nouveau président-directeur-général, Darren Woods, a également annoncé, lundi 6 mars, devant le CeraWeek, 20 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2022 pour transformer ces hydrocarbures dans des raffineries installées sur les côtes du golfe du Mexique, avant d’exporter des produits chimiques ou des carburants vers les marchés asiatiques. Cela lui a valu un tweet louangeur du président américain saluant «une grande success-story américaine»; Donald Trump a juste oublié de préciser qu’une partie de ces investissements créateurs d’emplois avait été décidée il y a quelques années.

Pour les Américains, le poids de l’OPEP n’est plus vraiment un enjeu stratégique. Sa part de la production mondiale va s’accroître dans les cinq ans à venir, mais la dépendance des Etats-Unis devrait continuer à se réduire grâce à leur production domestique. Donald Trump a prévenu qu’il ferait tout pour cela.

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