Uber, Airbnb, Lyft, Palantir, Pinterest ou encore Slack. 2019 s’annonce comme une année faste pour les introductions en bourse (IPO) des entreprises de la Silicon Valley. Elle pourrait même battre le record historique établi en 2000, au plus haut de la bulle internet. A condition cependant que la situation sur les marchés financiers ne se dégrade pas trop fortement.

Deux raisons expliquent cette ruée vers Wall Street. D’abord, ces sociétés ont longtemps retardé l’échéance, bien aidées par les milliards de dollars qu’elles ont pu lever auprès d’investisseurs. Leurs dirigeants souhaitaient se soustraire aux obligations qui s’imposent aux groupes cotés en bourse. Mais aussi aux pressions des marchés afin de poursuivre leur stratégie de croissance, sans devoir se soucier de leurs profits et du cours de leurs actions.

Sous pression des capital-risqueurs et des employés

En mars, Uber va ainsi souffler sa neuvième bougie. Airbnb a déjà fêté ses 10 ans. Le réseau social Pinterest a été lancé il y a huit ans. Et Palantir, qui conçoit des logiciels pour analyser d’immenses quantités de données, a été fondée en 2003. «C’est davantage que les investissements traditionnels des fonds de capital-risque», note Matthew Kennedy, analyste chez Renaissance Capital. Les fonds militent désormais pour des IPO, afin d’engranger leurs plus-values.

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Ces sociétés peuvent aussi subir la pression de leurs employés. Eux aussi ont tout à gagner avec une introduction en bourse, car une partie de leurs rémunérations prend la forme de stock-options – sur lesquelles ils ont déjà dû payer des impôts. Pour les plus anciens, cela peut signifier plusieurs millions de dollars de gains. Preuve de cet impératif: depuis décembre 2017, Uber a permis, par deux fois, à ses salariés de revendre une partie de leurs titres, une manœuvre peu courante dans la Silicon Valley.

Conjoncture incertaine

Deuxième catalyseur: les incertitudes sur l’économie américaine, qui se sont traduites ces dernières semaines par une forte chute des marchés. «Il est préférable d’entrer en bourse lorsque les conditions économiques sont bonnes», souligne Matthew Kennedy. Or la Réserve fédérale redoute un net ralentissement de la croissance en 2019 et en 2020. Pour les candidats à Wall Street, mieux vaut donc ne pas trop tarder, au risque de faire face à des conditions défavorables qui pourraient les obliger à accepter une valorisation inférieure.

Car ces entrées en bourse s’effectueront alors que 2018 aura été difficile pour les valeurs technologiques. Le Nasdaq affiche une baisse de 3,8% depuis janvier, notamment suite à un effondrement en fin d’année. Il affiche aujourd’hui 6600 points alors qu’il culminait encore à 8000 points en octobre.

Convaincre Wall Street

Début décembre, Uber et Lyft ont ainsi lancé leur procédure d’introduction. Les deux plateformes de voitures avec chauffeur pourraient faire leurs débuts boursiers dès le premier trimestre 2019, alors qu’elles tablaient respectivement sur une opération à l’automne et en juin. Selon la presse américaine, Pinterest et le service de messagerie Slack ambitionnent également une IPO au cours des premiers mois de l’année prochaine.

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Ces entreprises, majoritairement déficitaires, devront ensuite convaincre Wall Street. D’autant qu’elles viseraient des capitalisations très élevées. Par exemple, Uber espère mener son introduction sur la base d’une valorisation de 120 milliards de dollars, d’après plusieurs médias américains. Ce serait 16 milliards de plus que Facebook en mai 2012. Et un record pour une entreprise technologique américaine.

En 2018, seulement 26 entreprises technologiques américaines sont entrées en bourse, soit trois opérations de moins qu’en 2017. L’année 2019 devrait être plus prolifique, sans pour autant atteindre les 213 introductions recensées en 2000. Mais il est probable que les sommes levées par les nouveaux arrivants dépassent les 20 milliards de dollars récoltés il y a dix-huit ans.