La tendance haussière du yuan chinois va-t-elle prendre fin? Compte tenu des forces du marché et de la politique de la banque centrale, il y a de fortes chances d’assister à un affaiblissement de la monnaie chinoise et donc à une inversion de la tendance haussière qui prévalait jusqu’ici. D’ailleurs, la banque centrale de Chine (BPC) a annoncé, le week-end dernier, l’abaissement d’un demi-point du coefficient de réserves obligatoires, désormais fixé à 20%. C’est la troisième initiative de ce type depuis que la BPC a décidé d’assouplir sa politique à l’égard du secteur bancaire en décembre 2011. De telles mesures sont presque toujours saluées par les médias, qui y voient une bonne nouvelle susceptible d’améliorer immédiatement le moral du marché en raison du coup de fouet que le recours accru au crédit est censé donner à l’économie.

Deux éléments sont toutefois à prendre en compte concernant la politique monétaire. Tout d’abord, son impact se fait sentir avec un décalage considérable (de six mois à deux ans). A titre d’exemple, la Réserve fédérale américaine a baissé ses taux pour la première fois en septembre 2007 et le marché des actions n’a atteint son plus bas que… 18 mois plus tard! C’est environ le même laps de temps qu’entre la première baisse de taux décidée par Alan Greenspan en janvier 2001 et le point le plus bas du marché des actions en octobre 2002. Deuxièmement, les banques centrales ont presque toujours une longueur de retard. Ainsi, leur marge de manœuvre se limite malheureusement à réagir au lieu d’être visionnaires et proactives. Par-dessus le marché, la Chine en 2012 ressemble étrangement aux Etats-Unis de 2008 tant l’implosion de la bulle immobilière et du crédit semble imminente. Lorsqu’une bulle du crédit se dégonfle, personne ne veut prêter d’argent et personne ne veut en emprunter, à l’exception de ceux qui s’efforcent de restructurer leur dette.

Quel enseignement en tirer? L’assouplissement en lui-même n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. Il est souvent l’expression d’une mauvaise passe dans laquelle un pays et son économie se trouvent. L’assouplissement en Chine ne fait que débuter et la solution qui vise à posséder une monnaie plus forte est bien la dernière chose dont les autorités chinoises ont envie ou même besoin. Heureusement pour elles, le yuan pourrait s’affaiblir de lui-même.

Trois facteurs importants sont en train de soulager la pression haussière qui s’exerce sur la monnaie chinoise: la surévaluation, les flux de capitaux et l’érosion de l’excédent de la balance courante. Ces dernières années, le yuan (CNY) a déjà enregistré une spectaculaire appréciation qui a été dissimulée, en partie, par une inflation nettement plus forte que le taux officiel. En suivant cette logique, si le taux de change USD/CNY est resté stable durant l’année mais que l’inflation est supérieure de 5% en Chine, le CNY s’est apprécié de 5% dans les faits. Quant à la balance des mouvements de capitaux, les flux entrants de capitaux étrangers se tarissent rapidement face à la nette correction du marché immobilier et à la réduction des débouchés à l’export. En croissance de 20 à 30% par an il y a seulement deux ans, les flux entrants ont même laissé place à une balance légèrement déficitaire.

Pour l’Empire du Milieu, le fait que le reste du monde joue également la fameuse carte de la dévaluation compétitive représente un problème actuellement. Cela dit, le yuan a le vent en poupe depuis longtemps et la trajectoire économique et politique de la Chine, notamment sa transition du surinvestissement dans l’immobilier et les infrastructures vers la consommation, a de fortes chances d’aboutir à une hausse substantielle du taux de change USD/CNY et non à une baisse dans les trimestres à venir.

*Stratège et consultant en devises auprès de Saxo Bank