Dans un monde en constante mutation, les défis posés à notre système de retraite sont nombreux, notamment dans le cadre du deuxième pilier. Les craintes liées à la capacité du système à faire face à ces défis ainsi que l'insatisfaction de certains assurés incitent à redéfinir ou à ajuster la prévoyance professionnelle. Voici quelques sujets de préoccupation.

Le défi majeur est démographique. La natalité en Suisse est l'une des plus faibles d'Europe. Le taux de fécondité actuel n'est que de 1,5, alors qu'il devrait s'élever à 2,1 pour assurer le renouvellement de la population. Même si le déséquilibre démographique structurel pourra être partiellement compensé par un flux migratoire favorable pour notre pays, il n'en demeure pas moins que l'évolution démographique est et restera problématique en Suisse.

Les experts s'accordent à voir arriver les caisses de pension à «maturité» aux alentours de 2015-2020. Cette période verra la plupart des institutions contraintes de verser plus de prestations qu'elles ne recevront de cotisations. Les caisses devront alors se séparer d'actifs pour honorer leurs engagements, ce qui devrait faire pression à la baisse sur les prix des actifs domestiques dans lesquels elles sont investies. Cet élément représente un argument complémentaire en faveur d'une diversification plus importante des placements des caisses vers des actifs étrangers.

Les politiques de placement des institutions de prévoyance sont définies en fonction de leurs engagements globaux. Une divergence peut alors être constatée envers les besoins individuels des assurés et leur horizon-temps d'investissement. L'obligation légale de verser un taux d'intérêt minimal constitue un autre élément contradictoire dans l'allocation des actifs d'une caisse de pension. Alors que la prévoyance professionnelle s'inscrit dans la durée, cette contrainte oblige à un résultat annuel en contradiction avec une stratégie de placement orientée vers le long terme.

Il est peu aisé, pour un assuré curieux, d'accéder à une information claire sur les résultats financiers de son institution de prévoyance. Ce dernier devra en effet faire preuve de persévérance pour obtenir les détails des lignes de placements, des attributions à d'éventuelles réserves, des frais de gestion de fortune et de placement ainsi que des frais internes aux véhicules d'investissement. Il semble donc que le manque de transparence soit de rigueur, notamment en raison d'une jungle administrative et d'un nombre importants d'intervenants.

Pour les raisons évoquées plus haut, on assiste à l'émergence de nouvelles solutions individuelles et ciblées pour remédier à une situation peu satisfaisante et répondre aux attentes des «insatisfaits du deuxième pilier». Un cercle encore très restreint de prestataires (fondations collectives) offrent désormais la possibilité d'effectuer une gestion financière des avoirs de deuxième pilier répondant aux exigences individuelles d'un assuré par opposition à l'approche collective ou «communautaire» habituelle.

La principale caractéristique de ces nouvelles solutions est donc l'individualisation des placements pour chaque assuré. En collaboration avec un institut bancaire spécialisé, l'assuré a l'opportunité de définir, avec l'aide de son gestionnaire de fortune, la politique de placement idéale à sa situation personnelle, dans les limites légales applicables. La gestion de fortune sera effectuée sur un portefeuille «individualisé» et bénéficiera d'un suivi, d'un choix de véhicules de placement et d'un reporting adaptés aux désirs spécifiques de l'assuré tout en tenant compte des contraintes de l'OPP2.

Les résultats financiers de la prévoyance sont ainsi extrêmement transparents puisqu'ils représentent la performance nette du portefeuille individualisé. L'assuré participe directement et entièrement à l'évolution des marchés financiers en excluant la constitution de quelconques réserves. En contrepartie, il ne bénéficie plus du taux minimal garanti (2,75% actuellement). Les coûts de la gestion de fortune ainsi que ceux de chaque véhicule de placement sont communiqués à l'assuré. Les cotisations annuelles régulières au plan de prévoyance ainsi que les rachats éventuels sont également investis dans le même portefeuille individualisé et viennent ainsi alimenter ce dernier de manière récurrente.

Appliqués généralement au domaine surobligatoire, ces plans complètent la solution LPP existante. Afin de respecter les dispositions légales, ils doivent notamment être conclus pour une communauté d'assurés (soit au moins deux). Il est alors possible, pour un assuré à haut revenu d'une profession libérale par exemple, de créer un plan sur mesure et d'y inclure son assistant/e à temps partiel pour un salaire assuré inférieur. Ces solutions sont également idéales pour créer des plans privilégiés pour des patrons d'entreprises, des indépendants, des associés de professions libérales, des membres de direction ou des cadres supérieurs. Grâce à la déductibilité sur le revenu imposable des cotisations versées ainsi que les importantes possibilités de rachat, ces plans sont des éléments d'optimisation fiscale non négligeables pour les assurés à hauts revenus.

Ces solutions offrent également une flexibilité appréciable à l'âge de la retraite. Les avoirs de prévoyance échus peuvent par exemple être «déplacés» par un simple transfert de titres sur deux comptes (au maximum) de libre passage. Par le biais du «splitting», cette solution permet d'optimiser les échéances avec d'autres capitaux de prévoyance et de casser ainsi la progressivité de l'imposition sur les capitaux. Des prestations sous forme de rente ne sont généralement pas proposées. Lorsque les portefeuilles de libre passage quittent le cadre du deuxième pilier (au plus tard à l'âge de 69/70 ans), ils peuvent également être transférés sur un portefeuille de la fortune privée. La prestation à échéance ne serait donc pas payée sous forme de capital mais sous forme d'un portefeuille de titres. Ceci présentant les avantages d'éviter de réaliser les actifs à un mauvais moment, de prolonger l'horizon-temps d'investissement des avoirs de prévoyance et de réduire les frais de désinvestissement et de réinvestissement (courtages). De plus, les avoirs de libre passage bénéficient pendant toute la période d'une totale défiscalisation sur le revenu et la fortune. Ces solutions de gestion de fortune individualisées, par opposition à des solutions de placement à taux garanti ou via un choix de fonds de placements standardisés, sont également proposées par certaines fondations dans le domaine des avoirs de libre passage ainsi que dans le cadre du 3e pilier (3a).

En conclusion, l'individualisme est une caractéristique de nos sociétés postindustrielles qui cohabite cependant difficilement avec le principe de solidarité collective des assurances sociales. Toutefois, le train est en marche et de nouvelles solutions de gestion de fortune «sur mesure» pour des avoirs de deuxième pilier voient le jour. Elles ne sont pas destinées à tout un chacun. L'abandon du taux minimal garanti est réservé à des investisseurs persuadés qu'une allocation d'actifs répondant à leurs besoins spécifiques réalisera, à long terme, des résultats supérieurs à une approche «communautaire». Pour profiter des nombreux avantages de ces nouvelles solutions, l'assuré doit être également capable de prendre la responsabilité individuelle de son allocation d'actifs (certes avec l'aide de son gestionnaire de fortune) et de comprendre les contraintes réglementaires de l'OPP2 afin d'exploiter au mieux ses possibilités d'investissement. Enfin, il doit être à la recherche d'une transparence accrue et d'un reporting personnalisé et sophistiqué.