Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle française laissent penser que la candidate anti-européenne ne remportera pas le scrutin. Dans ce cas, l’horizon européen sera particulièrement dégagé, les élections allemandes ne présentant aucun risque à en croire les sondages. Les prochaines semaines devraient donc se traduire par un retour des investisseurs, en particulier des non-résidents, vers les marchés actions européens et plus spécialement la France.

Une performance en deux temps

Concernant les actions françaises, notre scénario constructif pour 2017 repose sur une performance à construire en deux temps: réduction de la double décote des actions de la zone euro par rapport aux Etats-Unis et de la décote des actions françaises par rapport à la zone euro, une fois levé le risque politique. Dans la phase d’hésitation du marché sur la capacité de l’administration Trump à implémenter les réformes promises, nous estimons qu’il y a là une vraie opportunité de rééquilibrage des performances au profit de la zone euro. Dans un deuxième temps, cette performance, qui reste à concrétiser, repose sur la conviction de la solidité du cycle des profits. La nette reprise des indicateurs avancés de l’activité dans la zone euro autorise à anticiper, pour la première fois depuis 2010, une croissance des bénéfices, voire à la réviser en hausse suite aux indications fournies par les sociétés depuis leurs dernières publications trimestrielles.

Ce second point est crucial: notre scénario n’était pas un pari sur une élection mais la conviction que ce risque était mesuré, au regard du contexte macro et microéconomique bien orienté. Les derniers indicateurs avancés PMI au plus haut depuis sept ans montrent que la croissance est en ligne avec notre scénario positif et continue à se renforcer, tandis que la politique monétaire est stable et accommodante. La reprise européenne se poursuit et, à en croire les dernières enquêtes, pourrait se situer actuellement autour de 3% en tendance. L’enquête IFO, très corrélée à la croissance allemande, atteint le niveau des pics précédents. Les deux grands pays retardataires, la France et l’Italie, en panne de croissance jusqu’à l’automne dernier, rejoignent enfin le peloton européen.

La performance du marché reposera également sur la mise en œuvre de réformes en France: privatisations/désengagement de l’Etat autorisant à anticiper des scénarios de consolidation (sortie de l’Etat de Orange, prélude à une consolidation du secteur des télécoms en contrepartie d’un engagement d’innovation/investissement, réduction de la participation dans ADP avec un acheteur naturel, Vinci, etc.); baisse du coût du travail (pérennisation du système CICE) favorable aux secteurs domestiques intensifs en main-d’œuvre (Veolia, Carrefour, Peugeot, Eiffage); simplification de la fiscalité de l’épargne, avec comme enjeu de favoriser les actifs risqués au détriment de la rente immobilière. La mesure la plus significative consisterait à réduire le taux de l’impôt sur les sociétés.

Le stock-picking de nouveau à l’honneur

La hausse du marché au lendemain du résultat du premier tour de l’élection présidentielle française, par reflux de l’aversion pour le risque, n’épuise pas le potentiel de revalorisation du marché mais va permettre de se concentrer sur les fondamentaux, à savoir les publications de résultats, jusque-là occultées par l’agitation politique. La surperformance des valeurs moyennes depuis plusieurs mois illustre en creux ce traitement différencié sur des résultats de même facture mais moins affectés par la perspective des scrutins électoraux.

Ces derniers jours, le marché a logiquement favorisé les valeurs financières, baromètre du risque Eurozone. Le lien bilan bancaire/dette souveraine reste puissant, même s’il a été atténué par les transformations subies par le secteur depuis la crise de la dette souveraine de 2011. Le secteur financier serait violemment pénalisé par une sortie de la zone euro: problèmes d’actif/passif d’une redénomination des dettes, risque de liquidité/fuite de capitaux… Dans l’hypothèse d’une amélioration d’entente du couple franco-allemand et de renforcement de la zone euro, l’assainissement du secteur bancaire pourrait ainsi se poursuivre.

Cette hiérarchie sectorielle se retrouve également dans la performance des pays: les pays périphériques (France/Italie) devant les pays cœur de la zone euro. Les valeurs domestiques, handicapées jusque-là par le risque de remise en cause de la trajectoire d’amélioration en cours, se voient libérées de cette incertitude: valeurs bancaires bien sûr à nouveau, mais également valeurs de la construction, utilities, ou encore télécoms, et ce au détriment de valeurs exportatrices ou à la croissance visible, souvent déjà très bien valorisées, préférées dans des phases de refuge vers la qualité. Au global, une surperformance des valeurs plutôt «value», de grandes capitalisations et exposées à l’Europe périphérique est intervenue, après une période en retrait depuis la fin de la rotation dans la foulée de l’élection de Donald Trump.