Universités

Vers une super-école de management lémanique? IMD, EPFL et Unil y travaillent

Les trois hautes écoles veulent mettre en commun leurs forces pour affronter la concurrence internationale en matière de technologie et de gestion d’entreprise. Cette alliance irait au-delà de la création d’une «Léman business school»

Le projet en serait au stade de discussions, mais la volonté est bel et bien là. L’EPFL, l’Université de Lausanne (Unil) et l’IMD explorent un nouveau projet, la création d’un pôle universitaire alliant économie, management et technologie, a appris Le Temps.

«Nous avons effectivement reçu un mandat de la présidence de l’EPFL et du rectorat de l’Université de Lausanne pour explorer un projet commun, reconnaît Jean-Pierre Danthine, codirecteur du Collège du management de l’EPFL. Néanmoins, c’est beaucoup trop tôt pour en parler. La collaboration pourrait prendre des formes très variées. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’au stade des idées.»

Il existe déjà des collaborations entre les différentes entités. Environ 7000 heures communes entre l’Unil et l’EPFL sont proposées, avec par exemple un CAS de Data Science & Management ou un master de Global Supply Chain Management. Avec l’IMD, des programmes communs sont également mis en avant. Le nouveau projet devrait délivrer des bachelors, des masters, des doctorats, tout en proposant de la formation continue.

Nous réfléchissons à des formations qui intègrent l’ingénierie, l’économie et le management beaucoup plus systématiquement dans le cursus universitaire

Jean-Pierre Danthine, EPFL

Les différents protagonistes voudraient toutefois aller beaucoup plus loin et créer une structure novatrice englobant tout l’Arc lémanique. Certains l’appellent déjà la «Leman Business School», une appellation que réfute Jean-Pierre Danthine, qui ne veut pas se limiter à une business school.

«Nous avons déjà des collaborations ponctuelles, mais nous discutons d’une forme de coopération plus soutenue en vertu de laquelle nous pourrions regrouper et mutualiser une plus grande partie de nos ressources au niveau de la recherche ou de l’enseignement, voire les deux. Cette mise en commun d’une partie de nos ressources pourrait nous permettre de tirer parti de nos différences et donc de notre complémentarité. Face à une concurrence internationale qui s’intensifie chaque jour, une telle «alliance» présenterait un réel potentiel de synergie», note pour sa part Jean-François Manzoni, président de l’IMD.

Une période de rupture

Le projet de coopération souhaite répondre aux grands défis actuels. «Nous vivons une période de rupture très profonde, sur fond de crise économique et financière, qui nous amène à repenser la façon dont on enseigne la technologie et le management, analyse Jean-Pierre Danthine. Les règles du monde ont changé. Les attentes des étudiants et des entreprises ont évolué. De nouveaux métiers émergent. Le traditionnel modèle de l’ingénieur qui poursuit sa formation par un MBA doit être repensé. Nous réfléchissons à des formations qui intègrent l’ingénierie, l’économie et le management beaucoup plus systématiquement dans le cursus universitaire.»

Un avis que partage Jean-Philippe Bonardi, doyen d’HEC Lausanne. «Nous ne devons plus seulement former des cadres capables de répondre aux besoins des multinationales. Le monde de l’entreprise évolue vers des structures plus petites, moins verticales, auxquelles nous devons nous adapter. Nous cherchons à mettre en place un projet qui aurait un impact positif sur la région et répondrait aussi bien aux défis technologiques, numériques, sociétaux qu’à ceux en lien avec la durabilité.»

Un nouveau modèle

Le projet s’inspirera-t-il de la Sloan School, l’école de management du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou du plateau de Saclay, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris, qui veut accueillir entreprises, universités, grandes écoles et organismes publics?

«Nous ne nous inscrivons pas dans la perspective d’une école de management traditionnelle, prévoit Jean-Philippe Bonardi. Pas question de s’inspirer de la Sloan School, l’une des principales business schools au niveau mondial, ni de recréer un plateau de Saclay. Notre but n’est pas, comme dans le cas français, d’augmenter notre classement en termes de recherche universitaire. Nous réfléchissons à un modèle différent, qui n’existe pas encore.»

L’union de ces trois entités aura-t-elle un ancrage physique? Pour l’instant, la question reste ouverte. Tout comme celle touchant au financement. Avant d’aller de l’avant, le projet devra, entre autres, obtenir l’aval des différentes directions et s’aligner avec les intérêts du corps professoral. La future union ne prendra pas corps avant quelques mois.

Publicité