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A Genève, il y a eu un avant 2012. Et un après 2012, qui a vu naître des cendres de Merck Serono le Campus Biotech, auquel s’est greffé le Human Brain Projet.
© LAURENT GILLIERON, KEYSTONE LAURENT GILLIERON

Innovation

La version 4.0 de l’industrie du bout du lac

Le secteur secondaire est en pleine transition. Le départ de Merck Serono a provoqué un effort de reconquête exemplaire, propulsant Genève dans l’ère des technologies

La tertiarisation de l’économie genevoise est une réalité criante. Les services correspondent à environ 83% du tissu productif cantonal, contre quelque 70% à l’échelle nationale. Cette activité représente plus de huit emplois sur dix à Genève. L’industrie, elle, se réduit décennie en décennie. Sa contribution au PIB est passée de 17,4% en 1993 à environ 15% aujourd’hui.

Est-ce grave? Si la finance et le négoce sont les moteurs incontestés de la valeur ajoutée (près de 40%) et de la fiscalité (près de 50% de l’imposition des personnes morales) à Genève, l’industrie est la championne de l’emploi. Le secteur secondaire concentre environ 42 600 postes de travail. C’est toutefois 8000 de moins qu’en 1985. Mais il est toutefois orienté vers les hautes technologies. Chez certains acteurs, comme ABB ou GF Agie Charmilles (prototypes pour l’aéronautique), la 4e révolution industrielle se conjugue déjà au présent. Reste encore à d’autres d’assurer leur transition vers l’usine de demain.

Tissu méconnu

Hormis l’horlogerie, ainsi que la chimie des arômes et de parfums, des secteurs phares de l’économie genevoise ayant respectivement affiché des taux de croissance de 6,4% et de 7% par an entre 1998 et 2013, la diversité des activités industrielles du canton reste ignorée d’une grande partie du public. Normal: la fabrication de montre de luxe représente près d’un tiers de la valeur ajoutée du secteur secondaire à Genève. Ce qui correspond à 2,3 milliards de francs par an, soit environ 4,3% du PIB cantonal.

Une performance en hausse de deux points de pourcentage depuis 1993. Mieux: le secteur emploie plus de 9000 salariés, grâce notamment à des locomotives comme Rolex. Mais des nuages ont commencé à s’amonceler depuis un an, les exportations nationales de montres étant en chute libre, avec des reculs de 16% en mars dernier et de 11% le mois suivant, selon la Fédération de l’industrie horlogère suisse.

Quant à la chimie fine – combinée au segment pharmaceutique –, elle pèse 1,2 milliard de francs, soit 2,3% du PIB genevois. Il y a 18 ans, les employés des numéros un et deux mondiaux de la branche que sont Givaudan et Firmenich (environ 2500 employés à eux deux) ne réalisaient que 1,7% de la valeur ajoutée du bout du lac.

L’activité industrielle à Genève est en réalité plus riche qu’il n’y paraît. Exemples de domaines, dont certaines à très fort potentiel: l’électronique, les biotechnologies, la construction (3,8% de la valeur ajoutée cantonale et environ 17 000 emplois il y a deux ans), l’aéronautique, la mécanique de précision, etc. «Nous assistons au renforcement de l’écosystème technologique, avec l’arrivée progressive de plusieurs sociétés fintech – à l’image du pionnier Temenos dans les années 1990 –, de sécurité informatique, de medtech, de gestion de données de masse («big data»), ainsi que de l’Internet des objets», souligne Antonio Gambardella, directeur de la Fongit.

La pouponnière genevoise de start-up, incubateur de référence en Suisse qui reçoit chaque année 300 demandes de candidature, abrite en ce plus de 50 jeunes pousses, contre une trentaine il y a un an et demi. Vu de l’engouement modéré pour l’entrepreneuriat en Suisse, la moitié de ses locataires provient de l’étranger.

A quand une licorne genevoise?

L’intérêt principal de venir à Genève: c’est là que se trouvent les clients potentiels directs (banques, horlogers, etc.). «La diversité fait partie des avantages comparatifs de l’économie genevoise. Elle se traduit souvent par des activités de [super] niche à très forte valeur ajoutée, avec aussi d’importantes barrières à l’entrée, étendues sur toute la chaîne de valeur qui va avec», commente Antonio Gambradella.

Bilan: le «cluster» technologique s’organise à Genève. Lentement, mais sûrement. Sachant que le canton recense, toutes disciplines confondues, entre 100 et 150 entreprises en démarrage fortement innovantes. «A ce stade, il serait abusif de parler de secteurs à part entière. Il s’agit pour l’heure d’acteurs pluridisciplinaires, se mêlant au contexte industriel existant», relève Antonio Gambardella, dont l’objectif, à terme, est de constituer une masse critique pour voir naître un véritable biotope, duquel pourrait surgir un jour la prochaine star mondiale.

Le filon des sciences de la vie

A Genève, il y a eu un avant 2012. Et un après 2012, qui a vu naître des cendres de Merck Serono le Campus Biotech, auquel s’est greffé le Human Brain Projet. Pour l’heure, le secteur sous-jacent – celui des sciences de la vie – échappe encore aux statistiques précises. A l’échelle nationale toutefois, l’activité regroupe 750 entreprises, pour 20 000 employés, dont 5000 chercheurs.

Du site de Sécheron, version 2.0, pourraient jaillir de nouveaux écosystèmes. Comme la bio-informatique, l’e-health ou la m-health – Genève étant déjà la tête de pont romande en matière de technologies de l’information. Ceci, grâce aux données de masse générées depuis le nouveau temple du bout du lac financé par les milliardaires suisses Ernesto Bertarelli et Hansjörg Wyss.


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