Les déséquilibres économiques globaux, les réformes de l’architecture financière mondiale et le protectionnisme constituent les toutes premières préoccupations des pays émergents qui, avec les pays industrialisés, forment le G20. Alors que les Etats-Unis et l’Europe concentrent les tirs sur la réglementation financière et la rémunération des dirigeants d’entreprises dans le cadre du troisième sommet qui a lieu ces 24 et 25 septembre à Pittsburgh, aux Etats-Unis, les puissances économiques montantes ne veulent surtout pas d’initiative qui pourrait freiner leur développement.

La Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, l’Indonésie, la Corée du Sud, le Chili, le Mexique, la Turquie, l’Afrique du Sud et l’Argentine sont montés aux barricades ces derniers jours pour influencer l’agenda de Pittsburgh. Après avoir subi la crise financière née aux Etats-Unis, ils se redressent grâce à de nombreuses mesures: investissements publics dans les infrastructures, rabais fiscaux aux consommateurs et crédits à bon marché. Dans ses études conjoncturelles publiées mardi, la Banque africaine de développement (BAD) a relevé ses prévisions de croissance pour l’Asie de 3,4% pour 2009 à 3,9%. Pour la Chine, le taux passe de 7% à 8,2%. L’autre moteur asiatique, l’Inde voit également ses prévisions de croissance passées de 5 à 6% pour cette année. La Russie, le Brésil mais aussi d’autres pays émergents connaissent un retournement de situation.

Monnaie sous-évaluée

Forts de leur performance économique, mais aussi des réserves financières amassées ces dernières années grâce aux exportations, notamment énergétiques, les pays émergents exigent d’avoir voix au chapitre au G20. En premier lieu, ils s’opposent à un projet du Fonds monétaire international (FMI) qui appelle à établir des équilibres globaux. Il part du principe que certains pays ne peuvent pas accumuler des réserves grâce aux exportations sur le dos des autres qui accumulent les déficits. Le FMI plaide même pour des sanctions contre des pays dont les devises sont sous-évaluées pour favoriser leurs exportations. Les Etats-Unis et l’Europe soutiennent cette initiative.

Directement visée, la Chine ne veut pas en entendre parler. Pékin refuse qu’on lui dicte sa politique monétaire tout en avançant que le yuan a considérablement apprécié depuis la fin de son arrimage au dollar depuis l’été 2005.

Le FMI veut en effet jouer un rôle encore plus grand dans l’aide aux pays en difficulté ainsi que dans la surveillance financière internationale. Les pays émergents pourraient lui apporter des nouvelles ressources, mais pas sans une redistribution du pouvoir au sein de l’institution. Avec 17% du capital, les Etats-Unis détiennent un droit de veto. L’Europe, avec 20%, occupe huit sièges sur 24. La Chine, 3e puissance économique mondiale, n’a que 3,66% du capital. A la vieille du G20 à Pittsburgh, les Etats-Unis disent vouloir chercher une solution. Par contre, les Européens ne veulent pas céder leur acquis. Pour rappel, le projet de réformer le FMI date de plus de dix ans, mais se heurte régulièrement à l’opposition européenne.

Protectionnisme

Troisième priorité des pays émergents: la lutte contre le protectionnisme. Selon ces derniers, les pays industrialisés multiplient des barrières commerciales pour freiner leur développement. Dernière en date, les Etats-Unis ont introduit un droit de douane de 35 à 40% sur des pneus importés de Chine. L’Organisation mondiale du commerce a recensé une cinquantaine de mesures protectionnistes mises en place en 2008 et 2009 par les Etats-Unis et par l’Europe, mais aussi par des pays émergents. L’Afrique du Sud vient d’annoncer des taxes douanières de 40% sur le textile importé.

Les pays émergents mettent en exergue un autre point. Les pays industrialisés ont versé des milliards de dollars pour aider leurs entreprises, notamment dans les secteurs financiers et automobiles. Selon eux, il s’agit de la concurrence déloyale contre leurs propres industries et réclament une sortie des programmes d’aides.