Investissement 

Qui veut souscrire un emprunt à 1000 ans?

Le groupe d’énergie éolienne danois Orsted émet des obligations avec un remboursement en 3017 et munies d’un taux de 2,25%. Au cours des 700 dernières années, le taux d’intérêt réel s’est élevé en moyenne à 5,9%, mais qu’en sera-t-il des 1000 prochaines?

Le groupe énergétique danois Orsted (autrefois Dong), spécialiste de l’énergie éolienne, a vendu ses activités pétrolières et gazières pour 1 milliard de dollars à Ineos, la société chimique qui reprend le Lausanne-Sport. Le mouvement vers le durable est également financier. En effet, cette semaine, il émet un emprunt exceptionnellement long, puisque le remboursement s’effectuera en 3017.

Cette obligation à 1000 ans et en euros est assortie d’un taux d’intérêt de 2,25%. L’accueil réservé par les investisseurs a été très chaleureux puisque le montant de 500 millions d’euros a été massivement sursouscrit si l’on en croit les agences. Est-ce bien raisonnable? Qui peut imaginer ce qui se passera ces 1000 prochaines années?

L’analyse des 700 dernières années

L’histoire peut être un guide utile dans l’analyse du très long terme. Paul Schmelzing, historien à l’Université Harvard, s’est penché sur les 700 dernières années. Le taux d’intérêt sans risque – donc celui des emprunts d’Etat – a été évalué à 4,8% en moyenne et l’inflation moyenne à 1,1%.

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Selon Joachim Fels, conseiller stratégique du gérant Pimco, si les 1000 prochaines années ressemblent aux 700 dernières, le taux d’intérêt réel et sans risque devrait donc être de 5,9%. Ce niveau est considérablement supérieur au taux sans risque actuel qui est toujours négatif en Suisse. Joachim Fels constate toutefois une tendance à la baisse des taux au cours des 700 dernières années. Le recul se monte à 1,6% par siècle, donc à 1,6 point de base par année. L’économiste en déduit que le niveau actuel des taux n’est pas si anormal qu’on le dit puisqu’il s’inscrit dans une tendance séculaire.

Si la même tendance devait se poursuivre ces 1000 prochaines années au rythme de 1,6 point de base par an, les taux d’intérêt réels tomberaient à –16% en 3017.

Quant à l’inflation, la tendance n’est pas très claire au cours des 700 dernières années. Il est donc prudent de conserver le même taux de renchérissement moyen de 1%. Il en résulte donc un taux d’intérêt nominal de –15% en 3017. «Les investisseurs qui ont acheté les obligations à 1000 ans cette semaine pourraient être considérés comme des génies par leurs lointains descendants», analyse Joachim Fels. L’économiste de Pimco ajoute que d’ici à 3017 le cash aura sans doute disparu, ce qui renforcerait, à son avis, l’idée de taux d’intérêt fortement négatifs à long terme.

Une tendance séculaire à la baisse des taux

La tendance peut toutefois être temporairement brisée en fonction des événements. Paul Schmelzing a identifié neuf cycles de dépression des taux au cours des 700 ans passés qui sortaient de la tendance. Après avoir touché le point le plus bas de ces cycles, les taux sont remontés de 315 points de base en deux ans (3,15 points de pourcent), et dans deux cas de plus de 600 points de base. L’historien pense que la période actuelle évoque celle de 1880-90 qui associait la globalisation à la technologie et à la montée du populisme. Joachim Fels ne croit pas à un proche changement de tendance des taux.

Quant à l’emprunt Orsted, la société s’est réservé des clauses de remboursement anticipé, donc avant l’échéance de 3017. Le premier call possible est en 2024.

En termes techniques, c’est un fix/float puisque le taux est fixe durant cinq ans, mais qu'il est modifié tous les cinq ans. En réalité, l’emprunt Orsted n’est pas très éloigné des caractéristiques des obligations perpétuelles, selon un gérant. L’agence Standard & Poor’s qualifie le groupe danois d’investment grade avec une notation de BBB +.

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