Le Temps: Que pensez-vous du fonds Elliott Advisors, qui détient 6% d’Actelion et exige un changement de stratégie passant par la vente de la société dont vous êtes cofondateur? Jean-Paul Clozel: Dans la vie économique de l’industrie pharmaceutique, il y a deux catégories de personnes. Celles qui veulent gagner de l’argent rapidement et celles qui veulent construire en ayant à l’esprit la valeur créée pour les patients et les collaborateurs de l’entreprise. Elliott Advisors développe une tactique de rumeurs et de déstabilisation d’Actelion pour en tirer un bénéfice à court terme. Cela n’a rien à voir avec l’intérêt de l’entreprise ou des patients, et ne correspond pas à ma vision de l’avenir de cette société qui est financièrement solide et possède une bonne douzaine de produits en développement.

– N’avez-vous pas négligé les actionnaires, à qui aucun dividende n’a été versé depuis l’entrée en bourse d’Actelion il y a 10 ans?

– Le cours du titre a quasiment quadruplé durant cette période. Un programme de rachat d’actions portant sur 800 millions de francs est en cours, et un dividende sera versé cette année.

– Est-ce justement pour calmer les actionnaires qui seraient sensibles aux attaques d’Elliott Advisors avant l’assemblée générale du 5 mai?

– Non, cela n’a absolument aucun rapport. Aujourd’hui, nous disposons d’une infrastructure et dégageons des bénéfices tout en disposant d’un excellent «pipeline» de médicaments. C’est normal de commencer à récompenser les investisseurs qui nous ont soutenus durant la phase de création et de développement de la société.

– Elliott Advisors met en doute le fait que vous n’avez pas reçu d’offre d’acquisition d’Actelion…

– Je suis quand même mieux placé qu’eux pour savoir qu’aucune offre de rachat n’a été faite.

– 130 millions de francs ont été dépensés dans la construction de bâtiments à Allschwil près de Bâle. Cet argent n’aurait-il pas été mieux investi dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments pour compléter Tracleer, contre l’hypertension artérielle, qui représente 85% du chiffre d’affaires d’Actelion?

– Je ne regrette pas un instant cet investissement. Les collaborateurs ne pouvaient tout de même pas continuer à travailler dans des containers! L’argent investi ne l’a pas été au détriment du budget de recherche, qu’on aurait pu tripler si on l’avait voulu.

– Allez-vous trouver un partenaire pour développer votre nouveau médicament contre la sclérose en plaques, actuellement en essais cliniques de phase II?

– Nous avons été approchés par diverses sociétés. Mais je n’exclus pas que nous développions seul ce produit. Serono, dont la taille, à l’époque, n’était pas plus grande que la nôtre, a pu le faire par ses propres moyens.

– Merck Serono vient de subir un échec en Europe avec son nouveau médicament Cladribine contre la sclérose en plaques. Est-ce le futur partenaire d’Actelion?

– Toutes les sociétés qui ont de l’expérience dans le traitement de cette maladie peuvent être intéressantes pour nous.