Internet

Via Alphabet, Google étend son empire

La société de Mountain View se restructure par la création d’une holding baptisée Alphabet, laquelle sera cotée en bourse

Repousser le jour de sa mort, diffuser Internet depuis l’espace, concevoir des voitures sans conducteur, afficher de la publicité sur un smartphone... Google, qui aura 17 ans le 4 septembre prochain, n’a plus rien à voir avec le moteur de recherche créé par Larry Page et Sergey Brin à Menlo Park, en Californie. Diversifiée à l’extrême, la société a annoncé, dans la nuit de lundi à mardi, sa plus grande réorganisation. Dans les semaines à venir, une holding, Alphabet, regroupera toutes les activités de la multinationale. Google en sera une division, au même niveau que les lentilles de contact avec capteur biométrique, les activités dans la fibre optique ou le laboratoire secret Google X.

«Sergey et moi, nous essayons vraiment de démarrer de nouvelles choses», a commenté Larry Page dans une note mise en ligne. Selon lui, la nouvelle structure devrait permettre de «faire des choses plus ambitieuses» et d’avoir «une vue à long terme». Premier fait saillant, aucun des deux ne supervisera directement Google – ce sera désormais la mission de Sundar Pichai. Sergey Brin devient président d’Alphabet, Larry Page en sera le directeur. «Tous deux désirent prendre de la hauteur et s’occuper de projets n’ayant globalement plus grand chose à voir avec le quotidien des internautes et de la recherche d’information. La «pieuvre Google» avait aujourd’hui tellement de tentacules que ce type de remaniement devenait nécessaire, voire logique», note Olivier Andrieu, spécialiste des moteurs de recherche et responsable du site Abondance.com.

Parmi ces «tentacules» se trouvent les sciences de la vie. Calico, qui deviendra une filiale à pert entière d’Alphabet, s’est fixé comme but de prolonger la vie humaine, en analysant les gênes de personnes vivant très longtemps, avec pour but ultime de créer des médicaments personnalisés sur ces bases. En juillet, un accord avec Ancestry.com donnait accès à Calico à un million de génomes décryptés. La filiale d’Alphabet n’est pas la seule sur ce marché en devenir: en janvier, la société 23andme, dirigée par l’ex-femme de Sergey Brin, concluait un accord similaire avec Genentech. Si Calico a encore tout à prouver, une division du laboratoir Google X, consacrée aux sciences de la vie, est plus avancée. Forte de 150 ingénieurs, biologistes, généticiens, médecins, l’équipe dirigée par Andrew Conrad développe – en partenariat avec Novartis - des lentilles de contact capables d’analyser en temps réel le taux de sucre dans le sang. Des nanocapteurs pour repérer la présence de cellules cancéreuses dans le sang sont en phase de test, tout comme une cuillère pour corriger le tremblement des personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative.

Larry Page et Sergey Brin, les deux milliardaires à la tête du futur Alphabet – la structure de 57 148 employés prendra forme d’ici la fin de l’année –, se donnent les moyens de développer plus rapidement les filiales à plus fort potentiel. «Séparer les entités permet de relâcher la structure organisationnelle et de permettre des additions ou des soustractions beaucoup plus facilement. En d’autres termes, des acquisitions et des spin-offs», écrivait mardi Jan Dawson, du site MarketWatch.com.

Google est friand de rachats: au début de cette année, il en était à 170 acquisitions de sociétés, des firmes qui étaient jusqu’à présent regroupées dans la même entité que le moteur de recherche. Alphabet pourra mieux organiser les divisions et leur insuffler de nouveaux moyens en leur adossant directement des firmes extérieures. Fin juin, Google détenait 69,8 milliards de dollars dans ses réserves.

Dépenser. Mais en comptant. «Nous allons gérer rigoureusement l’allocation du capital et travailler pour être certain que chaque activité se développe bien», écrivait Larry Page dans son annonce. Ruth Porat, la nouvelle directrice financière, avait déjà prévenu, en juillet, que Google allait faire des choix. Larry Page l’a ainsi imité, avec comme corollaire une hausse de 6% de l’action à l’ouverture de Wall Street mardi. Google vaut aujourd’hui 469 milliards de dollars. Ses titres seront convertis en nouvelles actions du conglomérat d’ici la fin de l’année – toujours avec les symboles GOOGL et GOOG.

«C’est une très bonne nouvelle, nous allons connaître la valeur de l’activité de base et combien ils dépensent dans les projets «moonshots» (ndlr: des projets ambitieux sans que des revenus soient envisagés, ndlr), écrivait mardi Lombard Odier dans une note. Les investisseurs espèrent une allocation plus pointue du capital. Ils attendent aussi davantage de transparence sur l’argent investi dans chaque unité. Pour l’heure, Google ne donne que deux chiffres pour mesurer ses performances. Lors du dernier trimestre, ses activités liées à la publicité lui ont rapporté 16,02 milliards de dollars, alors que la partie «autres revenus» lui a permis d’engranger 1,70 milliard (soit 9,6%). Les analystes supposent que dans ce deuxième segment se trouvent les revenus liés au stockage en ligne et à l’accès à internet via la fibre optique, par exemple. Séparer la performance de Google de celles des autres filiales montrera certainement que la marge actuellement affichée – 34% – est en fait sensiblement plus élevée pour l’activité de base.

Pour l’heure, Alphabet n’est qu’un site web, https://abc.xyz. Ce n’est pas alphabet.com, qui appartient pour l’heure à... BMW.

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