Consommation

La viande de porc, un produit si stratégique en Chine

La pénurie de viande porcine est telle qu’elle force les autorités chinoises à puiser dans les réserves. Pékin vient d’abolir par ailleurs les surtaxes douanières sur la viande américaine, ouvrant la voie à une détente dans la guerre commerciale

Le 70e anniversaire du Parti communiste chinois sera célébré en grande pompe le 1er octobre. Au programme: le plus grand défilé militaire de l’histoire de la Chine sur la place Tiananmen, décoration des plus hautes personnalités de l’Etat. Et comme le veut la tradition, le pays s’accorde un congé pendant une semaine, et des millions des Chinois retrouveront leurs familles.

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Tout va bien? Non. La pénurie et la hausse de prix de la viande de porc, incontournable dans l’alimentation chinoise, joueront les trouble-fêtes. Le prix s’est envolé de 46,7% sur un an en août. Un Chinois mange en moyenne 39,5 kilos de cette viande par année. A titre de comparaison, un Suisse en consomme 23 kilos, un Français 32 kilos et un Allemand 38,2 kilos.

Proportions inattendues

La crise de la viande de porc en Chine n’est pas nouvelle. Mais elle vient d’atteindre des proportions inattendues. De quoi justifier l’intervention du pouvoir central qui veut aussi prévenir tout mécontentement lié à la hausse des prix. Pékin a décidé jeudi de puiser 10 000 tonnes de viande congelée dans ses réserves stratégiques pour éviter toute pénurie pendant les fêtes. C’est une quantité marginale par rapport à la consommation de 55,95 millions de tonnes en 2018. Mais selon les autorités chinoises, c’est l’équivalent de la demande d’une semaine dans les grandes villes.

Les réserves stratégiques, un million de tonnes, sont alimentées par des importations. Mauvaise nouvelle, tombée vendredi: la Chine interdit désormais l’arrivée de la viande de Corée du Sud. Un foyer de peste porcine a été découvert en début de semaine dernière dans un élevage au nord du pays. Le virus serait parti de la Chine vers les pays voisins, notamment le Vietnam et la Corée du Nord. Le Japon, le Cambodge, le Laos, la Birmanie et la Russie sont également infectés à degrés divers.

Pas moins de 26 millions de porcheries en Chine

Toujours est-il que l’Empire du Milieu n’arrive pas à maîtriser cette crise qui bouleverse le pays depuis l’an dernier. Premier producteur et consommateur mondial de viande de porc, le pays compte quelque 26 millions de porcheries qui produisent un milliard de cochons par an. Mais les élevages, dont nombre d’entre eux sont des exploitations familiales, ont été attaqués par la peste porcine africaine. Des abattages de grande ampleur ont été menés et, selon les autorités chinoises, le cheptel a diminué de 15% au premier trimestre 2019, Année du cochon.

Parallèlement, Pékin, mais aussi les autorités régionales, a mis en place des programmes pour relancer la production; mercredi dernier, une aide de près de 700 millions de francs a été approuvée en faveur des grands éleveurs.

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Le gouvernement chinois a également tenté d’augmenter l’approvisionnement à l’étranger tout en étant très tatillon pour assurer la qualité de la viande. C’est dans ce contexte qu’en juin une délégation chinoise, après avoir inspecté diverses usines, a donné la licence d’exportation à cinq entreprises suisses, dont Micarna (Migros) et Bell (Coop). La Chine s’est également tournée vers de plus grands producteurs, notamment la France, l’Allemagne, le Brésil et l’Argentine.

Monnaie d’échange dans la guerre commerciale

Et les Etats-Unis, qui ont produit 12 millions de tonnes en 2018? Dans un contexte de guerre commerciale, la Chine a imposé en juillet dernier des droits de douane de 25% sur la viande de porc américaine, ce qui a fait chuter ses importations. Mais la pénurie qui frappe le marché chinois a obligé les autorités chinoises à revoir leur stratégie. C’est ainsi que le 13 septembre, Pékin a évoqué un geste de bonne volonté et annoncé l’exemption de cet aliment de tout droit. Du côté des Etats-Unis, la décision chinoise est bienvenue, les exportateurs américains se plaignant depuis plusieurs mois du manque à gagner à cause de la fermeture du marché chinois.

C’est ainsi que la viande de porc est devenue une monnaie d’échange dans les négociations sino-américaines. Bloquées depuis mai, celles-ci vont reprendre en octobre à Washington. Des discussions techniques menées jeudi et vendredi à Washington ont été «productives», ont assuré vendredi les services du bureau du représentant américain au Commerce.

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