Après la brève mise en garde à vue aux Etats-Unis d'un haut responsable d'UBS dans une affaire d'évasion fiscale révélée mercredi, c'est au tour d'un autre banquier suisse de faire l'objet de poursuites judiciaires, en Italie cette fois, dans une enquête ouverte par la cellule antimafia du Parquet de Palerme.

N. B, qui occupait alors le poste de vice-président de l'Association suisse des gérants de fortune (ASG), a été arrêté le 8 mai à Milan en même temps que deux hommes d'affaires palermitains, F. Z. et I. Z., père et fils. Selon l'acte d'accusation transmis au procureur Roberto Conti, les deux entrepreneurs immobiliers sont suspectés d'avoir blanchi de «vastes sommes d'argent» provenant d'activités mafieuses. Codirecteur de la banque Arner basée à Lugano, N. B. aurait été la «tête pensante» de ce montage qui passait par un compte ouvert au nom de l'épouse de F. Z. dans la succursale de la banque aux Bahamas.

Un cas «très embarrassant»

Les enquêteurs ont obtenu la saisie de 13 millions d'euros sur ce compte, ainsi que d'un bateau et d'autres biens. F. Z. et I. Z. avaient été condamnés en 2006 à 5 et 3 ans de prison pour association mafieuse, mais restaient libres dans l'attente d'une procédure d'appel. Actuellement assigné à résidence à Lugano, N. B. a démissionné de l'ensemble de ses fonctions au sein de la banque Arner et de l'ASG au lendemain de son interpellation, le 9 mai.

«Les soucis du fleuron de l'industrie [ndlr: UBS] nous suffisaient. Si la première association professionnelle du pays a des fuites, cela pose un gros problème», regrette Pierre Christodoulidis, président de la Convention internationale des conseillers financiers indépendants (CIFA), dont l'ASG fait partie.

L'affaire est d'autant plus gênante qu'outre son titre de vice-président de l'ASG, N. B. était également membre de la direction de l'organisme de régulation (OAR) de l'association. «Dans un système d'autorégulation, rappelle l'ASG sur son site internet, le législateur renonce à l'emprise [...] tatillonne de l'Etat au profit d'une réglementation autonome appliquée par des organisations privées.»

Philippe Jurt, suppléant ad interim de l'autorité fédérale de lutte contre le blanchiment, responsable de l'OAR, qualifie ce cas de «très embarrassant pour la place financière suisse». L'ASG devra répondre à une demande d'explications à ce sujet. L'association insiste sur la présomption d'innocence et attend les conclusions de l'enquête.

La femme de N. B., contactée à Lugano, promet que «tout va rentrer dans l'ordre très prochainement» lorsque son mari aura pu s'expliquer devant la justice.

La banque Arner - 5 milliards de francs sous gestion - estime de son côté que son comportement a été «absolument correct» dans le cas de la famille Z. Elle affirme avoir bloqué l'argent aux Bahamas dès les premiers doutes sur l'origine des fonds, en 2006. L'argent géré par Arner avait été transféré cinq ans auparavant depuis un compte à Credit Suisse.