A la recherche depuis plusieurs mois d'un partenaire, l'éditeur de logiciels Be rejoint le fabricant d'agendas électroniques de poche Palm. La société, fondée en 1990 par le Français Jean-Louis Gassée, cède sa technologie au leader du marché des «organizers». La transaction s'élève à 11 millions de dollars (18,3 millions de francs) payés en actions Palm. Jean-Louis Gassée supervisera l'intégration de la technologie et des ingénieurs appelés à travailler pour la firme californienne.

Cette nouvelle intervient quelques jours après la clarification de la stratégie de Palm. L'entreprise a annoncé au début du mois d'août la création d'ici à la fin 2001 d'une filiale indépendante en charge du développement et de la commercialisation de son système d'exploitation Palm OS. Cette décision s'avère, selon certains analystes, une première étape avant la séparation définitive de cette activité du reste de la compagnie (spin-off). La société distingue ainsi clairement ses deux principales activités, qui sont le développement de systèmes d'exploitation et la fabrication d'agendas de poche.

Utilisé actuellement par près de 80% des agendas de poche aux Etats-Unis, le système d'exploitation développé par Palm ne génère pourtant qu'une part très faible de son chiffre d'affaires (moins de 5%). La dilapidation de ce savoir-faire technologique remonte à 1997. A l'époque, 3Com devient l'actionnaire principal de Palm à travers l'acquisition du fabricant de modems US Robotics. Le géant de l'informatique, en quête de nouvelles sources de revenus pour sa filiale, pousse Palm à céder rapidement le cœur de son système d'informatique. Ainsi, Handspring (fabricant du Visor), IBM ou Sony acquièrent une licence dudit système. Les redevances touchées par Palm s'élèvent entre 3% à 5% du prix de chaque appareil vendu. Cette stratégie est à l'origine aujourd'hui d'une certaine ambiguïté: difficile pour Palm de proposer aux autres constructeurs son système d'exploitation, quand on sait qu'ils deviendraient alors concurrents de sa division matérielle.

Le marché des entreprises

Ainsi, la création de cette filiale indépendante clarifie la structure de Palm. Cette scission explique le rachat de Be, qui a mis au point un système d'exploitation multimédia, le BeIA. En effet, cette acquisition doit permettre le développement d'un système en mesure de concurrencer le Pocket PC conçu par Microsoft. Cette architecture, utilisée par Compaq (fabricant du iPaq), Hewlett-Packard (Jornada), et Casio (Cassiopeia) a permis la mise au point d'agendas électroniques très puissants destinés aux entreprises. Un marché prometteur, qui pourrait égaler celui des privés d'ici à deux ans.

Sur le marché des agendas électroniques, principale activité de Palm, le fabricant a subi à la fois le recul de la demande mondiale et la percée de ses concurrents. Malmené sur le front technologique par des rivaux fonctionnant avec le système d'exploitation Microsoft, Palm s'est vu en outre bousculé dans le domaine des prix par son partenaire Handspring (créé par Jeff Hawkins et Donna Dubinsky, fondateurs de Palm). Résultat, le leader a vu sa part de marché passer en dessous des 50% (toujours loin devant Compaq à 12% environ) et a annoncé pour le quatrième trimestre 2000-2001 (fin mai) un chiffre d'affaires en baisse à 165,3 millions de dollars contre 350,2 millions une année auparavant, enregistrant au passage une perte pro forma de 89,2 millions.

Après une entrée en Bourse euphorique en mars 2000, Palm a perdu plus de 90% de sa valeur. Une dégradation boursière poussant son patron, Carl Yankowski, à démentir récemment un possible rachat et convaincre les investisseurs d'un avenir à travers une scission des activités.