Les économistes et les marchés montrent des signes d'impatience depuis quelques semaines: la Banque centrale européenne doit baisser les taux très rapidement. Pour beaucoup, elle aurait déjà dû le faire. Car le brutal affaissement des Etats-Unis et l'incapacité du Japon à sortir de la récession font peser un risque certain sur l'activité européenne qui montre déjà des signes de faiblesse. De surcroît, les tensions inflationnistes ne constituent plus un danger. Attention donc dans cet environnement à ne pas accentuer, comme certaines banques centrales à l'image de la Banque nationale suisse dans les années 1987 et 1994-95 l'ont fait, les mouvements économiques, surchauffe ou récession.

Deux facteurs doivent toutefois tempérer ces impatiences. Il n'est tout d'abord pas impossible que l'on dramatise quelque peu la situation du Vieux Continent, ce qui s'explique par la déprime qui affecte les marchés boursiers. Or pour ne prendre qu'un exemple, les Etats-Unis n'absorbent que 13% des exportations de la zone euro. Une baisse de régime outre-Atlantique ne devrait donc que modérément affecter l'Europe. Mais surtout, il ne faut pas oublier que la seule mission de la BCE, au contraire de la Réserve fédérale américaine, consiste à veiller à la modération des prix et non à soutenir la croissance. Or, depuis un an, ceux-ci se situent pratiquement constamment en dessus du seuil fixé par Francfort. Un mauvais point pour la crédibilité de la toute jeune banque centrale qui risque de préférer, selon Charles Wiplosz, sacrifier la croissance plutôt que la stabilité des prix.

A. De.