La Zambie, pays d’Afrique australe et deuxième exportateur mondial de cuivre, s’est mise en situation de quasi-faillite. Le gouvernement a entamé mardi des consultations avec ses créanciers privés, leur demandant de pouvoir différer le paiement des intérêts de six mois. Le pays doit débourser 120 millions de dollars en octobre sur des obligations à hauteur de 3 milliards de dollars, émises en 2012, 2014 et 2015. C’était la période où les économies africaines étaient en pleine croissance et pleines de promesses, ce qui avait aiguisé l’appétit de bailleurs de fonds internationaux.

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Les autorités zambiennes affirment que la pandémie a non seulement diminué les recettes gouvernementales, mais aussi augmenté les dépenses publiques, notamment en matière de santé publique. Le pays de 17,3 millions d’habitants connaît plus de 15 000 infections. Par ailleurs, selon Kimo Tsowou, économiste à la Cnuced, le kwacha, monnaie nationale, a subi une forte dévaluation, rendant encore plus difficile le remboursement de la dette en devises. Mardi, il fallait 19,9 kwachas pour 1 dollar, contre 13 il y a une année. L’économiste fait encore ressortir que la baisse de la demande mondiale de cuivre, le premier produit d’exportation du pays, a fait dégringoler son prix. Et donc les rentrées dans les caisses de l’Etat.

Entreprises suisses, grandes gagnantes en Zambie

«La situation économique zambienne était critique bien avant le Covid-19, affirme Rita Kesselring, chercheuse à l’Université de Bâle et co-auteur d’une étude intitulée «Swiss extractivism: Switzerland’s role in Zambia’s copper sector», publiée l’an dernier. Le pays ne profite pas vraiment de ses ressources naturelles. Les entreprises étrangères, notamment suisses (Glencore, Trafigura, Quantum Minerals ou encore Metal Corp), qui sont actives dans toute la chaîne de valeur – allant de l’extraction au transport en passant par la certification et le financement des activités minières – en sont les plus grandes bénéficiaires.» Pour la chercheuse, le Covid-19 n’a fait qu’exacerber une situation de crise économique qui frappe la population zambienne depuis plusieurs années.

Il faut au moins deux tiers de créanciers qui acceptent la demande de rééchelonnement de dette pour valider le plan gouvernemental. En attendant, les obligations sont échangées à près de la moitié de leur valeur. Le coup de grâce a été donné déjà en avril dernier lorsque l’agence de notation Fitch Ratings avait dégradé les obligations zambiennes de C à CC, ce qui signifie qu’elles sont hautement vulnérables et proches d’une situation de défaut.

Tchad, Congo, Angola

Où trouver l’argent? Pour sortir de l’ornière, le gouvernement zambien a frappé à la porte du Fonds monétaire international (FMI), le prêteur de dernier recours. Dans le contexte du Covid-19, celui-ci a accordé des prêts en cascade de 88,6 milliards de dollars à 81 pays, les encourageant à engager des dépenses tant pour faire face à la pandémie que pour aider les populations à traverser cette mauvaise passe. Toutefois, en ce qui concerne la Zambie, aucun accord n’est intervenu à ce jour. Le gouvernement ne serait pas prêt à adopter des mesures d’austérité demandées par le FMI à la veille des législatives prévues l’an prochain.

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La Zambie est également endettée vis-à-vis d’autres Etats. La Chine serait ainsi son plus grand créancier, avec des prêts de 3 milliards de dollars sur une dette totale de 11 milliards. La manne chinoise a été consacrée principalement à des travaux d’infrastructure. Dès le mois de juillet, le chef de l’Etat zambien, Edgar Lungu, a demandé un allègement et une annulation des créances à son homologue chinois, Xi Jinping. En effet, Pékin soutient l’initiative du G20 qui a appelé le Club de Paris à accorder un moratoire sur le paiement des intérêts de la dette de mai à décembre 2020.

Pour Kimo Tsowou de la Cnuced, la Zambie n’est pas le seul pays africain fragilisé par le Covid-19. «D’autres pays – Tchad, Congo, Angola – sont dans le même bateau, met-il en garde. Ils dépendent des exportations de matières premières et se trouvent sans revenus.» Idem pour les pays qui comptent sur le tourisme, un secteur également paralysé par la pandémie. Début juillet, l’Union africaine estimait à 55 milliards de dollars les pertes des compagnies aériennes et du tourisme en Afrique, en raison de la pandémie.