Il ne reste plus qu’une condition à remplir et la Suisse aura tous les éléments techniques pour devenir le hub du renminbi (aussi appelé yuan) en Europe. Et ainsi, peut-être, l’emporter face à la concurrence annoncée de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne.

«Cela fait trois ans que nous allons en Chine pour cela», a expliqué mercredi soir à Genève Patrick Odier. Et le président de l’Association suisse des banquiers (ASB) d’énumérer les trois conditions pour remporter ce marché. Premièrement, un volume de traitement de la devise suffisant. «Cela dépend de nous», selon Patrick Odier, et ne constitue pas un obstacle compte tenu de la taille de la place financière.

Besoin d’une banque chinoise en Suisse

Deuxième condition: une ligne de swap entre la Banque nationale et la banque centrale de Chine, un outil qui facilite les transactions dans la devise chinoise. «Nous avons l’accord pour la développer, ce qui n’était pas le cas il y a un an. Il nous reste à la mettre en œuvre», s’est réjoui le président de l’ASB.

Après cette victoire d’étape, reste la troisième condition: la présence d’une banque chinoise en Suisse. Cette arrivée est jugée nécessaire aux opérations de compensation de créances entre établissements (clearing bancaire, dans le jargon).

Sur ce point, Patrick Odier et son équipe ont «senti l’intérêt des Chinois», malgré l’échec d’une première implantation, celle de Bank of China. Et le banquier de relever que l’arrivée d’un établissement de l’Empire du Milieu pourrait aussi se faire à travers l’acquisition d’un établissement.

A condition que les autorités de surveillance l’appuient. Patrick Odier a ses doutes. «Il faut être accueillant. Or, il y a quelque chose qui coince», constate-t-il, pointant les critères d’acceptation «trop compliqués».

Le renminbi s’est hissé dans les dix devises les plus échangées, selon la dernière étude triennale publiée en septembre par la Banque des règlements internationaux. La monnaie chinoise se classe au 9e rang, avec 2,2% des transactions contre 0,9% en 2010.

Pour autant, la devise n’est pas encore librement convertible (1 franc vaut près de 7 renminbis), et est considérée sous-évaluée. La banque centrale chinoise la fait s’apprécier de manière graduelle. Hier, elle a annoncé relever de 0,04% le taux de référence face au dollar, à 6,1315 yuans pour un dollar. Le 25 octobre, le billet vert a touché son plus bas depuis 1993, à 6,0802 yuans. Depuis janvier, la devise s’est appréciée de 2%.