Technologies

Vidéosurveillance: aux Etats-Unis, l’appel à un sursaut éthique

Les géants du numérique sont invités à ne plus vendre leurs technologies de reconnaissance faciale aux autorités du pays. Les questions éthiques entrent en collision avec les enjeux commerciaux

Caméras toujours plus présentes, logiciels qui s’affinent, données qui gonflent de manière exponentielle: la surveillance est une pratique, et une économie, en plein boom. Durant cinq jours, nous explorons certaines des facettes de cette montée en puissance de l’observation sécuritaire, avec ses zones d’ombre.

Le Capitole est au cœur d’une bataille technologique. L’an dernier, les géants du numérique ont augmenté leurs dépenses pour obtenir l’appui des législateurs. Montant total du lobbying: plus de 65 millions de dollars. Un record.

Amazon se hisse à la deuxième classe du classement, derrière Google, avec plus de 14 millions de dollars dépensés. La présence du géant du commerce dans ce haut lieu du pouvoir n’est pas un hasard. Il propose son puissant outil de reconnaissance faciale Rekognition à la police ainsi qu’à des agences gouvernementales.

En juillet 2018: Etats-Unis: une «class action» recevable contre la reconnaissance faciale de Facebook

Ne pas vendre des technologies de reconnaissance aux autorités

Une coalition de 85 organisations a récemment adressé une lettre ouverte à Google, Amazon et Microsoft leur demandant de cesser la vente de technologies de surveillance faciale aux autorités. Un coup d’épée dans l’eau? Signataire de la missive, l’Union américaine pour les libertés civiles a révélé que la technologie d’Amazon est déjà opérationnelle dans plusieurs départements de police du pays.

La discussion est également ouverte avec l’agence de contrôle des frontières, qui pourrait se servir de Rekognition pour identifier les immigrants. De quoi inquiéter les employés d’Amazon, qui ont également adressé en juin dernier une lettre à leur patron Jeff Bezos, refusant d’être liés à la «politique immorale des Etats-Unis». L’entreprise ignore ces protestations, bien décidée à s’imposer sur ce marché.

Une prise de conscience

Le rapprochement entre l’industrie du numérique et le gouvernement nourrit un débat toujours plus vif. Assiste-t-on à l’émergence d’une surveillance de masse? Le risque est réel, selon l’AI Now, un institut qui étudie les implications sociales de l’intelligence artificielle. Dans son rapport annuel, publié en décembre, il pointe le vide juridique dans ce domaine. «Il n’existe actuellement aucune loi fédérale qui vise à fournir des normes, des restrictions, des exigences ou des conseils concernant le développement ou l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale. En fait, la plupart des lois fédérales actuelles visent à promouvoir l’utilisation de la reconnaissance faciale pour la surveillance, l’application de la loi en matière d’immigration, la vérification de l’emploi et les systèmes nationaux d’entrée et de sortie», tranchent les auteurs, qui espèrent un sursaut éthique.

Un début de prise de conscience est observé chez Google et Microsoft. Les deux entreprises admettent que leur technologie représente un danger, tout en ne changeant pas radicalement leurs pratiques. Microsoft commercialise son logiciel Face API et, dans le même temps, adopte des principes de régulation. A Davos, le patron de la société, Satya Nadella, a alerté sur le risque d’un «nivellement par le bas» si aucun cadre légal n’est fixé. La ville de San Francisco pourrait être la première à bannir la reconnaissance faciale. Une action politique isolée: les services secrets s’apprêtent à tester un tel dispositif aux abords de la Maison-Blanche.


Un billet de blog: Si vous ne voulez pas être identifié dans une foule par Facebook, désactivez la reconnaissance faciale

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