L’Association suisse d’assurances (l’ASA) s’est formellement opposée à ce que ce principe soit légalement prescrit en Suisse. Elle milite pour le maintien de primes différenciées et adaptées au risque. Selon différentes études parues ces dernières années, la population suisse plébiscite également clairement cette approche, au détriment d’un système basé sur la soli­darité.

Alors, les hommes et les femmes devraient-ils payer les mêmes primes? Examinons la question dans les domaines touchés par cette décision, à savoir les assurances vie risques décès, invalidité et longévité, ainsi que les assurances voiture. Dans les assurances vie, les statistiques montrent clairement des différences de mortalité et de longévité entre hommes et femmes.

L’écart entre l’espérance de vie des femmes et celle des hommes est un phénomène démographique connu. Actuellement, l’espérance de vie à la naissance en Suisse est l’une des plus élevée du monde. Depuis 1900, elle a pratiquement doublé, passant de 46,2 à 80,3 ans pour les hommes et de 48,9 à 84,7 ans pour les femmes. Néanmoins, on dénote un ralentissement progressif de cette évolution. La différence entre les deux sexes se réduit depuis les années 1990, mais s’élevait encore, en 2011, à 4,4 ans.

Deux causes peuvent expliquer la «surmortalité» masculine. La première est liée à des facteurs biologiques (donc des causes non influençables par l’homme, telles que les différences génétiques ou hormonales), alors que la seconde tient à des facteurs environnementaux, sociaux et comportementaux (le mode de vie, les accidents ou les risques inhérents à l’activité professionnelle).

Si les assureurs devaient appliquer des primes unisexes, les femmes verraient leurs primes d’assurance augmenter. Cela ne concerne pas seulement les assurances vie risque décès, mais aussi d’autres assurances, comme les assurances voiture ou les assurances maladie et accidents.

Fort bien, mais une telle mesure ne risquerait-elle pas aussi de défavoriser les hommes? En effet, les hommes paient actuellement des primes plus basses pour les produits d’assurance vie liés à la longévité (rentes viagères). Avec l’introduction de primes unisexes, ils devraient payer des primes plus élevées pour ces produits, sans qu’il soit tenu compte de leur espérance de vie statistiquement moins élevée.

Il faut aussi signaler que d’autres critères entrent en jeu dans l’établissement des primes. La différenciation des risques n’est pas seulement liée à des aspects non influençables, comme l’âge et le sexe, mais aussi à des aspects influençables. Pour l’assurance RC des véhicules automobiles et l’assurance casco, il s’agit par exemple du type de voiture ou du lieu d’habitation.

Il en va de même dans les assurances vie. Une personne qui ne fume pas et ne pratique pas de sports à risques réduira considérablement sa prime d’assurance vie. Dans ce domaine, il est aussi prouvé statistiquement que les femmes fument moins (quoique l’écart se réduise fortement ces dernières années), et qu’elles pratiquent, dans l’ensemble, moins de sports à risques.

Dans tous les cas, il faut signaler aussi que la composition du portefeuille de l’assureur est également un critère déterminant dans la fixation des primes, que ce soit pour les hommes ou les femmes.

Pour conclure, on dira que, de la même façon que les taux de prime appliqués pour l’assurance incendie d’une menuiserie et pour celle d’une piscine publique diffèrent, les profils de risque des hommes et des femmes présentent eux aussi des différences manifestes. Vouloir instaurer des primes unisexes ne correspond pas, à notre avis, à une interprétation contemporaine de l’égalité de traitement entre hommes et femmes. Dans les sociétés d’assurances, le principe de solidarité perd aujourd’hui du terrain au profit d’une tarification différenciée et fondée sur les risques pris. Il s’agit de déterminer un prix net de l’assurance comme le plus proche et le plus juste possible du mode de vie et des conditions existantes.

* Actuaire, la Mobilière Assurances & Prévoyance

Les profils de risque des hommes et des femmes présentent eux aussi des différences manifestes