Editorial

Les vieilles recettes de Mario Draghi

OPINION. Face à une zone euro qui ralentit, le président de la Banque centrale européenne adopte des mesures critiquées: taux négatifs, assouplissement monétaire. Par ailleurs, il ne laisse pas de marge de manœuvre à Christine Lagarde, qui lui succédera en novembre

Après huit ans à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi tirera sa révérence fin octobre. Mais la réunion du Conseil des gouverneurs qu’il a présidée jeudi restera probablement comme l’une des plus importantes de sa carrière à Francfort.

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Face à la crise qui avait débuté en 2007-2008 et plongé la zone euro dans la récession, Mario Draghi avait dégainé tout un arsenal. Le 12 juillet 2012, il annonçait la couleur en prononçant la fameuse phrase «Whatever it takes», voulant dire qu’il ferait tout pour remettre la zone euro sur les rails. Sous sa direction, la BCE a adopté des mesures conventionnelles et non conventionnelles. Avec un certain succès.

A la case départ

Mais voilà, en 2019, la zone euro est revenue à la case départ. Les conditions ne sont certes plus les mêmes qu’en 2007-2008. Depuis, les Dix-Neuf, qui ont l’euro comme monnaie commune, se sont dotés de nombreux instruments pour prévenir d’éventuelles crises et faire face à celles-ci. Il n’empêche que, selon les dires mêmes de Mario Draghi, les risques d’une récession sont bien réels. Force est de constater que le président de la BCE a sorti les mêmes vieilles recettes que durant la dernière crise. Des recettes qui ont fait leurs preuves, mais qui font aussi débat.

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La BCE a injecté 2600 milliards d’euros dans l’économie depuis 2012 et l’on se demande où est passée cette manne. Les taux négatifs? Ils ont fini par affaiblir les banques, qui ont déboursé 7 milliards d’euros en intérêts en 2018 pour placer leur surplus de liquidités auprès de la BCE. Tout aussi pernicieuse, cette politique pénalise les épargnants. La relance par la politique fiscale? Des Etats qui disposent d’une marge de manœuvre budgétaire s’en fichent. En la matière, le président en partance de la BCE vient de donner un coup d’épée dans l’eau.

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Mais là où le bât blesse, c’est que Mario Draghi vient d’imposer ses vieilles recettes à Christine Lagarde, qui lui succédera dès le 1er novembre. L’ancienne directrice du Fonds monétaire international n’est certes pas une banquière centrale, et elle a plaidé pour la continuité de la politique monétaire dans la zone euro. Mario Draghi ne lui laisse aucune marge de manœuvre pour innover et tester de nouvelles approches.

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