DEMOGRAPHIE

Le vieillissement de la population menace le prix des maisons et des actions

En Suisse, l'augmentation du nombre de retraités, de 3% par an, va avoir un impact financier.

A peine retraité, Marc Muller*, 64 ans, a réalisé un vieux rêve: il a fait l'acquisition d'un chalet au milieu des abricotiers en Valais. La vente de sa villa mitoyenne sur la côte vaudoise a largement suffi à couvrir cet investissement au soleil. Outre une rente mensuelle de l'AVS de 2400 francs, son capital du deuxième pilier, 340 000 francs, lui assure 2000 francs supplémentaires (tous ces chiffres correspondent à la moyenne suisse). Marc Muller a plus de chance qu'il ne croit car, étant né en 1942, il devance de peu les départs en retraite des générations nombreuses de l'après-guerre.

«A qui et à quel prix les baby- boomers vendront-ils leurs maisons?» s'interroge Bill Gross, un gérant de fonds chez Pimco aux Etats-Unis. D'ici quelques années, tous ces jeunes retraités voudront aussi se retirer en Valais ou ailleurs au soleil. Mais les jeunes susceptibles de racheter leurs logements à la ville sont beaucoup moins nombreux. Le déséquilibre risque de provoquer une chute des prix. «La même logique est valable pour les actions et les obligations», ajoute Bill Gross. Autrement dit, les retraites du second pilier pourraient aussi souffrir du vieillissement.

Le mécanisme est simple: les ménages épargnent beaucoup juste avant la retraite, ce qui fait monter le prix des actifs. Après leur sortie de la vie active, ils relâchent leur effort d'épargne. Puis, en fin de vie, ils tendent à vendre leur patrimoine, ce qui fait baisser les prix.

Le facteur démographique est progressif et se mêle aux autres forces agissant sur les marchés. Il est si discret qu'il est facile de l'oublier. En 2001, la banque Goldman Sachs avait néanmoins estimé que le «vieillissement global devrait avoir un effet positif sur les marchés financiers entre 2000 et 2010» en raison de l'effort d'épargne des baby-boomers. Elle s'attendait à un effet négatif par la suite. Le Japon, dont la population a commencé à se réduire, semble déjà se trouver à ce stade.

Au Japon, les 40-60 ans, ceux qui épargnent le plus, sont déjà peu nombreux. Cela contribue sans doute à l'évolution récente de la Bourse de Tokyo (ci-dessous). Par contraste, ces générations écureuils sont encore bien fournies en Occident et particulièrement en Suisse. Le vieillissement y survient avec un décalage d'une quinzaine d'années sur le Japon.

La Suisse comptait 1,68 million de retraités à la fin de 2005, d'après L'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Ce chiffre croît actuellement au rythme impressionnant de 3% par an. Cette expansion va se poursuivre encore pendant une vingtaine d'années, jusqu'à ce que les dernières générations du baby-boom, les quadragénaires d'aujourd'hui, cessent le travail.

Les caisses de pension vont continuer longtemps à percevoir plus de cotisations qu'elles ne paient de rentes. Le système n'arrivera à maturité que lorsque tous ses assurés auront cotisé dès le début de leur carrière (et partiront en retraite avec un gros capital). Cela arrivera vers 2025, précisément lorsque les quadragénaires d'aujourd'hui songeront à se reposer, explique Olivier Ferrari, consultant en prévoyance chez Coninco à Vevey. Il est alors vraisemblable que les caisses commencent à financer les rentes avec le revenu du capital, voire qu'elles revendent des actifs. Ce serait les prémices d'un mouvement de désépargne pour financer les retraites. Il est susceptible de peser sur le prix des actifs financiers.

UBS rassure: l'impact du vieillissement sur la Bourse sera «modéré», prédit la banque dans une étude récente. Le vieillissement induira une baisse du rendement des actions au cours des deux décennies à venir, estime-t-elle. En outre, le déséquilibre démographique et une croissance économique probablement plus lente vont contribuer au maintien des taux d'intérêt à des niveaux très bas. En effet, les caisses de pension adaptent leurs placements à l'âge de leurs assurés. Plus ces derniers sont vieux, moins la caisse peut prendre de risques. Elle privilégie alors les obligations.

*personne fictive

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