Les pays industrialisés, que ce soit l'Europe, les Etats-Unis ou le Japon, possèdent tous un problème commun: le vieillissement de leur population. Politiciens, chefs d'entreprise, représentants de gouvernements et économistes du monde entier se sont réunis à Ruschlikon, près de Zurich, lors d'un sommet à haut niveau d'une durée de trois jours sur le vieillissement des populations dans le monde et la réforme des systèmes de pension. Le but? Tirer la sonnette d'alarme et trouver des solutions à ce problème croissant: sans une réforme des systèmes de pension actuels, qui pèsent lourd sur les finances publiques, le vieillissement des populations pourrait engendrer dans une vingtaine d'années un état semi-permanent de récession dans de nombreux pays industrialisés.

En effet, le nombre de travailleurs en mesure de financer la population vieillissante ira en diminuant. En Italie, par exemple, où le taux de natalité est le plus bas d'Europe, la proportion de personnes âgées de plus de 64 ans par rapport à celles en âge de travailler (appelé aussi ratio de dépendance des personnes âgées) passera de 28,8 à 66,8% au cours des 50 prochaines années. La situation dans le reste de l'Union européenne, où ce ratio devrait évoluer de 26,7% à 53,4% au cours de la même période, n'est guère plus rose.

Une autre conséquence du vieillissement des populations, selon des études récentes de l'Organisation économique pour la coopération et le développement économique (OCDE), sera la baisse significative du niveau de vie par habitant dans l'Union européenne, aux Etats-Unis et au Japon. Le scénario est le suivant: dans le court terme, la génération du baby-boom (âgée d'une trentaine d'années actuellement) épargnera pour sa retraite. En conséquence, le taux d'épargne agrégé devrait s'accroître. Mais dans le long terme, elle sera amenée à dépenser cette épargne pour financer sa retraite, diminuant donc le taux d'épargne aggrégé. «Il n'est pas impossible que des travailleurs prudents décident de diminuer leur consommation s'ils pressentent une augmentation des taxes à l'avenir, stipule Lamberto Dini, ministre des Affaires étrangères italien. Une augmentation de l'épargne privée n'est donc pas à exclure, mais il est peu probable qu'elle soit large assez pour compenser les effets négatifs de la baisse de l'épargne publique (due au fait que les gouvernements doivent payer les retraites, ndlr)».

Or, un tel scénario aurait de lourdes conséquences sur les marchés financiers. D'ici 2020, prévoit Robert Stowe England, directeur de la recherche sur le vieillissement au Centre d'études stratégiques et internationales à Washington (CSIS), les fonds de pensions devront vendre leurs actions en Bourse pour financer ces retraites – diminuant la valeur des actions sur le marché – et investiront dans des titres à revenus fixes pour mieux répondre au risque de devoir financer de plus en plus de retraités. Or, plus les titres à revenus fixes seront demandés, plus leur prix grimpera, moins ils devraient générer de revenus (le prix des obligations varie à l'inverse du revenu).

Et ce n'est pas tout. Le vieillissement des populations pourrait engendrer des croissances économiques plus faibles en raison d'une baisse de la productivité, ce qui encore une fois réduirait les investissements dans de nombreux secteurs. D'après l'OCDE, le taux de croissance potentiel en Europe devrait avoisiner 0,5% seulement entre 2025 et 2050, 0,6% au Japon et 1,5% aux Etats-Unis.

Finalement, l'augmentation de la dette gouvernementale des pays développés pour financer les retraites pourrait induire une augmentation des taux d'intérêt dans le monde entier et pénaliser les investissements dans l'économie réelle. «Sans des réformes qui diminueraient les rentes des retraités ou augmenteraient les taxes, les niveaux de dette dans certains pays européens et au Japon pourraient atteindre 200% du Produit intérieur brut», prévoit le responsable. «Ce sont des niveaux de crise et les pays devront travailler de manière assidue pour les éviter.» Conscient qu'il n'existe pas de solution toute faite, Robert Stowe England estime toutefois que les réformes devraient inclure un âge de retraite plus tardif et une participation accrue des femmes sur le marché du travail.

Pourtant, tous les experts ne se déclarent pas aussi pessimistes. Parmi eux se trouve Ryutaro Hashimoto, ancien premier ministre japonais, qui a également participé à la conférence en tant que co-chairman de CSIS. D'ici 2015, le nombre de Japonais âgés de plus de 65 ans avoisinera les 31 millions, soit une augmentation de 10 millions de personnes. Mais pour lui, ce boom des retraités ne comporte pas que des aspects négatifs. «D'ici 2025 au Japon, le secteur des industries dont les activités sont liées aux personnes âgées (santé, produits médicaux, amusements, aide au logement) devrait croître de 39 billions de yens actuellement (0,3 milliard de dollars) à 150 billions (1,3 milliard)». Un optimisme qu'il a tout intérêt à défendre. La troisième conférence du CSIS aura lieu à Tokyo au mois d'août (la première a débuté à Washington), dans un pays où le problème de la population vieillissante est devenu aigu et où l'ouverture du pays à la main-d'œuvre étrangère reste un sujet politiquement très difficile à aborder.