«Nous connaissons déjà aujourd'hui le vainqueur de l'Euro 2008 - le ministre des Finances!» claironnait voilà quelques jours le ministre autrichien de l'Economie, Martin Bartenstein. Prononcée sous forme de boutade, cette prédiction s'appuyait sur les prévisions très optimistes avancées par la classe politique autrichienne, à 13 mois du lancement du Championnat d'Europe de football. Le chancelier Alfred Gusenbauer a promis des recettes de l'ordre de 320 millions d'euros (526,7 millions de francs suisses) et près de 5400 nouveaux emplois, dont la moitié de longue durée. Le secrétaire d'Etat aux Sports, Reinhold Lopatka, lui, s'enthousiasme sur les «dizaines, voire centaines de milliers de nuitées» que ne manquera pas de générer l'événement. L'Etat autrichien a d'ores et déjà investi 135 millions d'euros dans l'aménagement et la rénovation des stades, les infrastructures routières, la publicité.

Et pourtant, ces grandes espérances ont été douchées par un rapport sur les retombées économiques de la Coupe du monde de football en Allemagne, publié par l'Institut de recherches économiques allemand (DIW). Celles-ci seraient insignifiantes, les visiteurs ayant dépensé 500 millions d'euros, pour un impact conjoncturel minime. En outre, seules 1,6 million de nuitées supplémentaires ont été comptabilisées, en lieu et place des 5 millions initialement attendues.

«Il se peut néanmoins qu'un petit pays comme l'Autriche en tire davantage de profits [qu'un pays de 80 millions d'habitants comme l'Allemagne]», tempère Karl Brenke, auteur de l'étude, interviewé par l'hebdomadaire viennois Falter. Mais le tourisme traditionnel pourrait tout aussi bien en pâtir, note le chercheur allemand. Les amoureux des paysages autrichiens seront-ils rebutés par les hordes de supporters venues de tout le continent, durant trois semaines en juin, et annuleront-ils leurs aventures champêtres, ou bien les remettront-ils tout simplement à plus tard dans la saison?

Anna Kleissner, de l'institut de recherches économiques SportEconAustria (SpEA), confirme pourtant, après calculs réactualisés, les chiffres gouvernementaux: «321 millions d'euros de profits, et jusqu'à 6000 emplois pour une durée d'un an. Cela inclut les effets directs, c'est-à-dire plus d'employés dans le secteur du tourisme, les effets indirects, plus de sous-traitants, et les effets induits - plus de chiffre d'affaires entraîne plus d'embauches potentielles.» Karl Brenke, lui, reste sceptique. «Si [l'Euro 2008] crée 6000 nouveaux emplois durant un mois en Autriche, ce sera déjà bien.»