Le Temps: Vous contrôlez depuis peu de temps OC Oerlikon. Quelle est votre stratégie industrielle pour le groupe schwyzois?

Viktor Vekselberg: Sulzer et OC Oerlikon font partie de la stratégie de diversification de Renova dans l'industrie des machines et la haute technologie. Ces deux entreprises disposent d'un énorme potentiel de croissance. Les technologies qu'elles développent sont extrêmement prometteuses, les collaborateurs très qualifiés.

- Que pensez-vous de leur stratégie?

- Elles sont de petites entreprises traditionnelles pas très agressives. Elles doivent davantage saisir leurs opportunités, être plus rapides sur les marchés, prendre davantage de risques à l'étranger.

- Comment comptez-vous ouvrir les portes de la Russie à Sulzer et à OC Oerlikon?

- La Russie constitue avant tout une excellente opportunité pour Sulzer. Notre pays est le deuxième producteur mondial de pétrole, le premier producteur de gaz. Sulzer fabrique de nombreux équipements dans ces domaines qui pourraient être très utiles au marché russe.

Aujourd'hui, le groupe zurichois ne réalise aucune affaire en Russie. Cette situation est un non-sens. Notre pays constitue une énorme opportunité pour le groupe, surtout dans le climat de hausse des prix du pétrole. Les investissements dans les équipements pétroliers sont énormes. De grands projets sont en cours, dans lesquels Sulzer aurait un rôle de premier plan à jouer. C'est la raison pour laquelle nous essayons d'aider ce groupe. Il s'agit toutefois d'un processus à long terme. Les effets ne seront pas perceptibles dans l'immédiat.

- Avez-vous des projets pour OC Oerlikon en Russie?

- Il est à mon avis encore trop tôt pour un développement en Russie. Mais nous essaierons de trouver des opportunités de croissance dans certaines régions.

- Que pensez-vous de la dépendance de l'économie russe au secteur de l'énergie?

- L'économie russe se porte très bien, elle est stable. La croissance de son produit intérieur brut dépasse 7% depuis plusieurs années. L'économie américaine faiblit, tout comme l'européenne. En revanche, en Russie, les entreprises ne perdent pas des milliards, elles ne voient pas leur valorisation chuter. Notre principale force provient du pétrole et du gaz. La Russie dispose de beaucoup d'argent grâce à cela. Dans ce contexte, le monde politique russe est suffisamment intelligent pour ne pas gaspiller la manne provenant du secteur énergétique. Il investit pour la construction d'infrastructures, dans des fonds d'investissement, dans des projets d'innovation.

Même si les prix du pétrole chutent, l'économie russe est suffisamment solide et compétitive pour compenser le recul. Par ailleurs, nous montrons avec Renova que nous savons nous diversifier dans d'autres secteurs que celui de l'énergie.

- Comment évaluez-vous les risques de ralentissement de l'économie mondiale et les conséquences sur vos affaires?

- Renova est très diversifié. Dans l'énergie, nous intervenons dans toute la chaîne de production, en commençant de l'extraction du pétrole jusqu'à l'approvisionnement en énergie. Nous sommes aussi actifs dans la construction, les machines, la chimie et l'immobilier. Un ralentissement n'aurait donc pas d'influence sur nos affaires.

Par ailleurs, je ne pense pas que les prix des ressources naturelles vont diminuer à court terme.