A Villeneuve, la consternation règne un jour après l’annonce du fabricant canadien de matériel ferroviaire Bombardier, de supprimer environ 650 emplois en Suisse, dont près de 500 postes temporaires, soit environ la moitié de ses effectifs. «Nous avons appris cette décision par la presse», déplore Corinne Ingold, syndique (PLR) de la commune vaudoise de plus de 5000 habitants. «Nous sommes inquiètes et le timing de l’annonce est étonnant» continue-t-elle. Après avoir pris du retard, Bombardier n’a en effet toujours pas livré aux CFF l’entier de la commande portant sur 62 trains à double étage. Les dernières compositions quitteront le site d’ici 2020 au plus tard. Les employés à Villeneuve devront-ils désormais faire mieux avec moins de ressources?

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Des temporaires français

Sur le parking devant le site de Bombardier, beaucoup de voitures avec plaques françaises. Parmi les temporaires, une grande majorité vient de France. Beaucoup de jeunes venant de Lille, Toulouse, Marseille. A midi, le personnel sort prendre la pause. Certains refusent de parler, d’autres se montrent plus bavards: «On m’a engagé il y a deux mois. Avant, j’étais dans l’aéronautique. Pour l’instant, nous n’avons pas encore reçu d’informations plus détaillées.» Le personnel s’attendait à une réduction de l’effectif, vu la fin prochaine de la commande. Mais le moment choisi pour cette restructuration en étonne plus qu’un, car estimée comme trop précoce.

Tout dépend des plans sociaux à négocier. S’il est plus attractif pour certains de partir, ça sera également un savoir-faire qui disparaîtra.

A côté, trois spécialistes des ressources humaines d’Adecco font leur pause cigarette. Le géant du placement temporaire s’est installé sur le site même. Pas de commentaires quant aux chiffres annoncés ou au déroulement des licenciements: «Nous l’avons aussi appris le jeudi même.»

Le personnel fixe est un peu moins inquiet. Mais des questions se posent à l’égard du futur du site de Villeneuve: «Je ne crains pas forcément plus de pression pour terminer les commandes. Mais tout dépend des plans sociaux à négocier. S’il est plus attractif pour certains de partir, ça sera également un savoir-faire qui disparaîtra», s’inquiète un mécanicien quinquagénaire.

Places d’apprentissage pas en danger

Les 18 places d’apprentissage sur le site vaudois ne seront par contre pas menacées, assure Antoine de Piccoli de la commission du personnel de Bombardier. Le syndicat Unia a rencontré vendredi après-midi la commission. Des rencontres sont encore prévues la semaine prochaine avec la direction, puis directement avec le personnel. Vendredi matin, les conseillers d’Etat vaudois Philippe Leuba et Nuria Gorrite ont rencontré la direction. Dans un communiqué, les deux ministres disent qu’ils «ne s’exprimeront pas sur cette affaire délicate» dans l’attente de réponses à leurs questions. Une nouvelle rencontre devrait avoir lieu «rapidement».

«De nombreux points en suspens» n’ont pas pu être éclaircis vendredi, se contente de signaler les services de communication du canton. Le Conseil d’Etat réitère «son fort soutien aux employés de Bombardier».