Chaque ville a son interprétation de la «smartitude». Toutes utilisent en tout cas la numérisation pour interconnecter leurs infrastructures, afin de devenir plus écologiques, durables, agréables à vivre. Les données rendues publiques donnent naissance à de nouveaux services dans les transports, l’énergie, la sécurité, la santé, les loisirs…

A Songdo, quartier futuriste de Séoul qui poursuit le projet «Compact Smart City» avec l’opérateur Cisco, les habitants sont connectés et abonnés à des services de télémédecine, télésurveillance ou téléenseignement. «Singapour, Zürich, Copenhague ou Vienne sont en bonne place. A cette différence que les villes asiatiques plus centralisées imposent des projets à grande échelle», compare Dr Gerhard Schmitt, professeur de la chaire d’architecture d’information, fondateur du centre ETH à Singapour.

Vision accentuée des localisations

La marge de manœuvre et la maturité technologique semblent en revanche plus élevées dans les villes américaines. «Elles expérimentent plus facilement, mais parce qu’elles ont du retard en matière d’infrastructures», précise Cécile Maisonneuve, présidente du Think tank La Fabrique de la Cité à Paris.

Surveillance et connaissance du territoire sont démultipliées grâce à ces data. Boston tient un tableau de bord à critères multiples comme la mobilité, la délinquance, les nids-de-poule… pour établir un city score en temps réel et s’en servir comme d’un outil de gestion de la ville.

«Les quartiers sont quantifiés: nombre d’hôpitaux, parcs, écoles, bibliothèques… permettant d’attirer les bons services publics», explique Amen Ra Mashariki, monsieur data à la mairie de New York, dans un discours à la Fabrique de la Cité. Ses données cartographiques sont d’ailleurs utilisées pour attirer l’implantation de sociétés.

Gestion approfondie des flux

Le recueil de données agrégées issues des smartphones, afin de mieux comprendre les comportements humains, annonce aussi des ruptures. A Pully, à l’est de Lausanne, Swisscom aide la municipalité à optimiser le trafic au centre-ville. «Nous récoltons des indicateurs stratégiques pour comprendre comment les citoyens vivent le domaine public, afin d’harmoniser les flux de mobilité douce, transports publics ou individuels. Nous savons s’il est pertinent ou non d’investir dans telle ligne de bus», illustre Alexandre Bosshard, chef de projet à la ville de Pully. Les TIC permettent une continuité spatiale et temporelle.

«Ce n’est plus une photo de la mobilité tous les cinq ans, par comptage, dans les limites de la ville sans savoir d’où viennent et où vont les voitures», se réjouit le conseiller municipal Marc Zolliker. Plus étonnant, le Chicago Health Atlas réunit sur une cartographie développée avec 5 hôpitaux de la ville, toutes les données relatives à la santé publique des habitants, donnant la possibilité d’observer la propagation des maladies par quartier.

Demain la prédiction?

L’anticipation est balbutiante mais prometteuse grâce à l’actualisation des données et aux corrélations. Jascha Franklin-Hodge, monsieur data à la mairie de Boston, a conclu un partenariat avec Waze, l’application de navigation: «Nous utilisons la ville comme un laboratoire, accordant par exemple tous les feux verts aux bus. Et nous comparons avec les jours normaux, pour mesurer l’incidence sur la vitesse moyenne des autres conducteurs».

A Chicago, un algorithme a identifié les 31 types d’appels 311* correspondant aux signes avant-coureurs d’une infestation de rats (rupture de conduites d’eau, ramassage d’ordures déficient…). «La municipalité prédit l’activité des rongeurs sept jours à l’avance et intervient en amont», illustre Brette Goldstein, ex-chief data officer de Chicago. Une logique poursuivie en matière de délinquance: le traitement des données collectées – appels téléphoniques, témoignages… – remodèle les limites des quartiers. Les autorités obtiennent des microzones, où elles peuvent prendre des décisions éclairées par les algorithmes, quant à la présence policière par exemple.

Le grand défi des cités, outre les problématiques de protection de vie privée, consiste à créer une dynamique de collaboration pour imaginer des services. «Il ne faut pas se contenter d’ouvrir les data, mais encourager frictions et échanges. Pour l’heure nous créons de la matière brute sans en connaître vraiment la valeur», conclut Abhi Nemani, chief data officer de Los Angeles.