Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le Lavaux est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT / KEYSTONE

Forum

Vin et viticulture, victimes injustifiées de l’obsession sécuritaire et hygiéniste

En 2016, la consommation de vin a diminué de 3,8% par rapport à 2015, de 20% par rapport à 1992. Les campagnes de sécurité portent leurs effets. Mais ceux-ci méritent d’être nuancés

Chaque année, les chiffres produits par l’Office fédéral de l’agriculture confirment une tendance: les Suisses consomment de moins en moins de vin, d’année en année. Ainsi en 2016, la consommation a diminué de 3,8% par rapport à 2015, de 20% par rapport à 1992.

Lire aussi: Cette «toxic-viticulture» qui gangrène le Bordelais

Une étude, réalisée par M.I.S. Trend en 2013, explique le phénomène: les freins à la consommation d’alcool sont cités de manière très claire par les sondés. Ils sont 66% à affirmer qu’ils ont limité leur consommation à cause de la peur de dépasser le 0,5‰ imposé par la loi entrée en vigueur en 2005.

On se trompe de cible

Les campagnes de sécurité routière, qui ont martelé en 2005 des images et des slogans exagérés, ont prouvé leur efficacité. Mais la vérité est plus nuancée. Une consommation raisonnable de vin est compatible avec la conduite d’un véhicule sans mettre en danger la sécurité du trafic. Douze ans après son lancement, la campagne du «0,5 = 1 verre» continue à avoir un impact majeur et injustifié sur la représentation que la population se fait de l’effet de la consommation de vin sur l’alcoolémie. Par exemple, il a été prouvé que, durant un repas pris au restaurant, deux personnes peuvent consommer une bouteille de vin et rester au-dessous du 0,5‰. La croyance qu’un verre = 0,5‰ fait que beaucoup de Suisses n’osent même plus déguster un ou deux fonds de verre de vin chez leur vigneron.

Lire également: Toni Mittermair, vin sur vin

Un autre élément majeur ressort, lui, des statistiques étatiques: aussi bien en France qu’en Suisse, les accidents dans lesquels l’alcool est mis en cause sont provoqués par des individus qui avaient en moyenne entre 1,3 et 1,7 gramme d’alcool dans le sang. Or, pour être en mesure de conduire un véhicule avec un tel taux d’alcoolémie, il faut en consommer quotidiennement de grandes quantités (être dépendant de l’alcool), ou alors être un fêtard ayant ingurgité des alcools forts. Les consommateurs normaux de vin ne font évidemment pas partie de ces catégories. On se trompe donc de cible en diabolisant la consommation de faibles quantités de vin. En effet il a été prouvé que ces personnes sont plus prudentes au volant et causent moins d’accidents.

Cette politique a aussi des conséquences pour toute une filière économique non seulement en termes d’emplois mais aussi de préservation du patrimoine viticole. Une campagne informative correcte responsabiliserait davantage les citoyens en leur disant la vérité plutôt que de laisser de fausses idées devenir une sorte de dogme intangible.

On mesure la schizophrénie du monde politique par rapport à l’alcool: d’une part, la législation ultra-sécuritaire Via Sicura fait peur à une immense majorité de citoyens qui n’ont rien à se reprocher, d’autre part, les autorités ont baissé les taxes sur les alcools forts et rendu disponible le litre de vodka à 10 francs, et ainsi on remplit les hôpitaux de personnes, très jeunes en majorité, très alcoolisées ou en coma éthylique, avec les accidents, les drames et les coûts que cela induit.

Un magnifique produit, un très mauvais médicament

A l’obsession sécuritaire viennent s’ajouter les excès hygiénistes: la deuxième raison qui explique que les Suisses consomment moins de vin, c’est l’effet supposé dangereux pour la santé reconnu par 32% des sondés. Là encore, on voit les effets des campagnes souvent trompeuses qui ont été menées par les milieux concernés par la prévention. Les conséquences négatives sont pourtant exclusivement liées aux abus. De nombreuses études ont prouvé l’effet bénéfique pour la santé d’une consommation raisonnable de vin (3dl/j pour les hommes, 2 dl/j pour les femmes). Ce bénéfice, lié aux composants antioxydants du vin, a été validé pour la prévention des maladies cardio-vasculaires et de la démence de type Alzheimer. Mais le «politiquement correct» empêche d’en faire la promotion, par exemple dans la «pyramide alimentaire». Cette dernière regroupe les recommandations officielles, où le vin devrait avoir sa place au sommet, dans la catégorie de produits non indispensables. Mais on préfère le placer en dehors, pour ne pas heurter la sensibilité des bien-pensants.

Or, «le vin est un magnifique produit, mais un très mauvais médicament», dit-on. Une consommation raisonnable de vin a de nombreux effets positifs, non seulement sur la santé mais aussi sur le plan social (rencontre, partage, convivialité). C’est l’abus qui est dangereux. Les personnes qui utilisent l’alcool pour soigner leur mal-être ou leurs angoisses quotidiennes font fausse route et dans cette situation (consommations parfois très importantes et souvent cachées) risquent gros pour leur santé. Et c’est aussi une information de première importance à faire passer. Dans ce concert d’a priori et de slogans idéologiques, il conviendrait de revenir au bon sens. Comme disait Montaigne «Versez-leur du bon vin, ils vous feront de bonnes lois.»


www.terresdelavaux.ch

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)